Bienvenue en Italibania

Ben Lusconi, vampire de la démocratie
Hier matin, l’Iran était aux portes du pays. Toute la presse titrait à la une sur l’agression iranienne à l’ambassade italienne. Tout le web journalistique également. Nulle part ailleurs. Pourtant ici le ministre des affaires étrangères appelle à des « sanctions », au consensus international autour du candidat au Nobel de la Paix 2010: Ben Lusconi. On frôle la crise internationale. Dans la presse italienne. Plus tard dans la journée ces titres reprendront leur place naturelle: au fond à droite, à côté du sport. Un peu comme fait avec Rosarno, dont Il Giornale a parlé surtout pour glisser la parole « nègres » à la une.
C’est en partie à cause de ces méthodes que les Italiens pensent, ou plutôt croient, que les immigrés représentent 23% de la population, alors que le chiffre réel est 6%, quatre fois moins. Que 81% des Italiens se déclare préoccupés par l’immigration illégale (au pays de Lampedusa), que la moitié d’entre eux estime que cette même immigration est un problème et non une ressource, que 77% d’entre eux donne la faute aux « étrangers illégaux » quant à la hausse de la criminalité. Hausse qu’il faudrait d’ailleurs argumenter avec quelques chiffres à l’appui s’il-vous-plaît.
Et pourtant, 74% d’entre eux estime que ces mêmes étrangers ne « volent » pas le travail des Italiens. La moitié est même pour leur accorder -aux réguliers- le droit de vote. Y aurait-t-il meilleur exemple du chaos mental de ce pays? Ne serait ce pas non plus une bonne piste pour mieux comprendre pourquoi le tycoon Berlusconi, empereur des médias, en est à son IVème gouvernement?
Après l’Iran, le Pape était dans les sous titres, développement semble-t-il du « cas Boffo« , directeur de « L’Avvenire » (« journal des évêques italiens »). L’homme, sous la pression d’un scandale organisé par Il Giornale, avait du démissioner en septembre dernier. Le problème? trop d’éditoriaux critiques envers le gouvernement. Les excuses de Vittorio Feltri, spécialiste -et récidiviste en la matière, c’est à dire en calomnie- furent très discrètes. Il Giornale appartient au frère de Silvio Berlusconi, Paolo, car Silvio Berlusconi qui possède (bien) plus d’un canal télévisé ne peut aussi -loi Mammì de 1990 « oblige »- posséder un quotidien.
Plus tard dans la journée on apprendra, en tout cas ceux qui suivent le web, que de graves nouveaux problèmes, des sacrés scoops, on en a. Mais pas ceux-là.
L’apéritif nous est servi par Marcello Dell’Utri, fondateur de Forza Italia, l’éminence noire, le bras-droit du Cav. Condamné à 9 ans en première instance pour « mafia », dont le procès d’appel en cours fait trembler le palais. Ciancimino fils l’accuse donc d’être l’homme de main, de liaison entre la mafia et la politique, celui qui aurait garanti la fin des attentats. Un autre futur candidat au Nobel de la Paix.
Dell’Utri a livré hier une interview fantastique, sortie sur « Il Fatto ». Il y précise entre autres sa pensée sur Vittorio Mangano, le « héros »: un mafieux sanguinaire qui a travaillé chez Berlusconi avant de finir en prison. Dell’Utri avait déclaré plusieurs fois qu’il le considérait un « héros » car il n’avait pas parlé. Contre Berlusconi et lui, s’entend. Il avait donc résisté aux tortures de la justice italienne. Un héros:
Beatrice Borromeo (journaliste) :
« Vous comprenez bien qu’il puisse sembler étrange que vous appeliez « héros » un homme qui, comme vous l’admettez vous même, était un trafiquant d’héroïne?Dell’Utri:
« Bien sûr, évidemment, je le comprends très bien. Mais je n’ai pas dit que c’était un héros au sens absolu. J’ai dit que c’était mon héros ».
Merci, on passe à la suite. Florilège de déclarations du Cav., hier:
« Il y a un sport national ici qui consiste à déprimer qui fait le bien du pays. C’est un mal italien que je veux dénoncer ».
« Qu’il y ait une catégorie de personnes, qui, aux frais des contribuables, persécute le premier d’entre eux (Berlusconi, ndr) et le prince de la Protection Civile (Bertolaso, ndr) avec des procès qui se vérifient infondés, est un mal pour l’Italie. On ne peut gouverner si l’on est attaqué par ces fonctionnaires, les juges »
Silvio Berlusconi, Corriere della Sera, 10.02.2010
Guido Bertolaso, le héros de L’Aquila, le futur ministre, le patron de la Protection Civile, l’Indiana Jones du Gouvernement Berlusconi IV, celui qui a récemment fait la leçon à Mme Clinton au sujet d’Haiti, est mis en examen. On parle ici d’un scandale de corruption autour d’appels d’offres concernant le G8 qui n’a jamais eu lieu à la Maddalena, en Sardaigne. Après le tremblement de terre des Abruzzes, Berlusconi avait imposé au dernier moment le déplacement de la « manifestation ». Comprenant immédiatement le bénéfice exceptionnel qu’il pouvait tirer de l’exploitation de ses nouvelles Twins Towers à l’italienne. Un cadeau du ciel.
La mise en examen, légion d’honneur berlusconienne
Guido Bertolaso, l’homme qui a aussi résolu l’urgence des ordures napolitaines » (on rit) a remis sa démission. Berlusconi la refuse. « Comment ferait-on sans Guido? ». Et puis maintenant il a vraiment tout ce qu’il faut pour entrer en politique: une mise en examen. La légion d’honneur berlusconienne. Silvio l’appelle « persécution ». On ne peut plus faire le bien dans ce pays, déclare en substance Jésus d’Arcore.
Un fait intéressant dans cette affaire est qu’on y retrouve aussi impliqué le magistrat Achille Toro. Déjà protagoniste dans l’affaire Antonveneta. Un homme qui parlait beaucoup (trop) semble-t-il avec Giancarlo Elia Valori, impliqué lui-même dans l’affaire Antonveneta. Mais de l’autre côté de la loi. On se retrouve ici, de nouveau, comme le souligne le journaliste Pietro Orsatti, dans le domaine de la Maçonnerie, à très très haut niveau.
Fermer les « poulaillers »
Pour le bien de la liberté de la presse, la RAI -dont le conseil d’administration est tenu par le gouvernement- a imposé la clôture des principaux programmes « d’approfondissement » sur « le dernier mois avant les élections ». Surtout donc de Annozero. L’information est dangereuse, forcément politisée, vous savez comment c’est. L’émission est dénoncée depuis longtemps par le Cavaliere et sa presse. De fait c’est un rare espace encore « aéré » sur le PAF italien, qui, bien plus qu’être « de gauche » est un programme donnant la parole à l’opposition. Et à Marco Travaglio (Il Fatto Quotidiano). Michele Santoro, le conduttore, fut déjà victime du diktat bulgare (2002) de Berlusconi, lorque celui-ci indiqua le nom de trois « meneurs » de programme à débarquer immédiatement de la RAI, pour « usage criminel » de l’information (et de l’argent des contribuables, donc) : Santoro, Enzo Biagi et Daniele Lutazzi. La cible aujourd’hui est de fait Annozero, bien qu’on ait fait un paquet: Porta a Porta du fidèle Vespa, Report et Ballarò sont aussi suspendus. Ces inutiles « poulaillers », selon Berlusconi, sont donc mis au placard.
Au fond des journaux, dans les faits-divers (page 12 sur La Stampa), on peut lire que les revenus des familles italiennes ont baissé de 4% entre 2006 et 2008, et que l’industrie italienne est au plus mal: « la production a baissé de 17,5% en 2009″. Encore plus explicite le chiffre du secteur métallurgique: -29,1%.
À la une du Giornale ce matin, Berlusconi, pleine page: « Veronica, la call-girl et moi ». Le Cav. se confie. Sexe, argent. Il s’exprime aussi sur Bertolaso et le cancer italien : la justice. « Procès bref », « empêchement légitime », délégitimation des magistrats, fuite en avant, impunité, sexe, diffamation. Pouvoir. Voilà le programme des élections.
vV
<Versione italiana | en italien>
Ps. Berlusconi « vampire de la démocratie » est fruit d’une réflexion -en italien- de JlFK sur le fameux « attentat » du Dôme (13.12.2010)
[Dernière mise à jour: 10h31]







No Comments