
Formidable leçon d’éducation civique ministérielle. Un débat de très haute volée a été lancé autour du prochain week-end de championnat, la serie A italienne.
[ in Italiano: "MinCulSport: Balotelli, salviamo il soldato blunegro" ]
On aimerait faire taire les chœurs racistes lancés depuis les tribunes contre les joueurs de couleur, comme le jeune « interista » ¹ Balottelli, italien né à Palerme de parents ghanéens, pour qui l’on craint samedi prochain une nouvelle bordée d’injures lors du match programmé contre la Juventus.
Le président de l’Inter, l’homme d’affaires Moratti, a préconisé le remède: chœurs racistes? mon équipe quittera le terrain.
Réponse synthétisée de son propre entraineur, le portugais José Mourinho: ah ben non sinon ça veut dire forfait et on perd 3 points, « et qui suis-je pour juger l’Italie » (etc). Être ou ne pas être, effectivement.

Il faut un arbitre. Ce sera le ministre de la Défense Ignazio La Russa, l’ex-néo-post-fasciste d’Alliance Nationale, qui en matière de civisme est loin, très loin devant. Il innove même. Ainsi le 12 octobre, lors de sa participation au « Columbus Day » à New-York, il lança à l’improviste « pédophile! » à un groupe de contestataires italiens. Remarquez, à peine nommée ministre du Tourisme, la dame Brambilla faisait le « salut romain », c’est à dire fasciste, en pleine période électorale et sans conséquence aucune (pour elle-même). Alors tout est très relatif, forcément.
Mais ici c’est vraisemblablement La Russa l’ « interista » qui parle, l’homme le vrai. Pas le ministre qui en a. Et il pense à son équipe avant tout: on ne va pas perdre 3 points si bêtement.
Alors voilà l’idée, je la résume: si un « nègre » se fait traiter de « singe », les 2 capitaines pourraient décider ensemble, le cas échéant, de retirer leurs équipes du terrain. Hop là et ciao l’éventuelle sanction. Puis… :
« Si ce sont des vrais supporters, ils comprendront. Les footballeurs peuvent être freinés par la peur de se mettre à dos un virage du stade, mais la grande majorité des supporters ne prend pas plaisir à suivre la partie s’il y a des chœurs racistes. Mais en ce qui concerne les slogans « paillards » c’est okay. Moi même, en tant que supporter, voyant un adversaire (de mon club) couché à terre, je lui ai chanté « va mourir! » mais c’est évident que je ne le pensai pas« . (Ignazio la Russa, ministre de la Défense in Corriere della Sera)
Le plaisir avant tout: merci pour les abonnés, monsieur le ministre.
Pour le « va mourir », ça passe facile désormais. La semaine dernière encore, La Russa avait destiné un « ils peuvent aller crever » aux laïcs et à la Cour Européenne des Droits de l’Homme. C’était dans le cadre de la polémique très sportive sur la légitimité de la présence de la croix dans les classes italiennes.
Puis il y a encore un autre La Russa: l’ « ex-néo-post fasciste », l’ex Missino (M.S.I.). Le roc qui saura trouver les mots justes avec ces horribles ultras. Ils ne doivent pas être de si mauvais bougres puisque leurs virages foisonnent de croix celtiques, comme les aimaient son bon vieux M.S.I. bâti sur les cendres de Salò. Là où a grandi aussi politiquement l’actuel maire de Rome (la capitale). Attention, on parle du Gianni Alemanno d’avant. Entre celtiques le courant passera vite. À la Lazio par exemple on assimile vite.

Italie 2009: parler du racisme dans les stades… Et sous le gouvernement Berlusconi IV dont le meilleur client est la Ligue du Nord xénophobe, qui a justement pour mission de tenir l’ordre dans le pays avec son Bobo Maroni ministre de l’Intérieur: voilà lancé un sujet formidable pour ouvrir décembre en Italie et réchauffer le peuple.
On imagine facilement une solution « à la sauce Lega » : pas de joueurs de couleur sur le terrain. Et un ballon blanc-vert, fantaisie padane.
Un autre joueur embête (ou arrangera) tout le monde. Il est plutôt blanc mais brésilien: Amauri. C’est un buteur prolifique de la Juventus. Jeu de passeport, il pourrait faire partie de l’équipe nationale qui devra gagner la coupe du monde 2010. Mais les places sont chères dans le groupe, et ce serait donc au détriment d’un italiano un vrai a-t-on déjà entendu dire. L’Onore du pays est en jeu et le résultat supremo l’unique but. Alors, dans une Italie qui considère encore bien souvent ses compatriotes à sud ² comme « ses africains », d’âpres débats sont en cours.
Finalement, on apprend lundi matin que le problème Balotelli serait résolu: il ne jouera pas samedi prochain, et d’ailleurs n’était pas même sur le banc des remplaçants hier. Parce que le jeune homme (il a 19 ans) aurait encore désobéi au code de bonne conduite professionnelle du club, en participant à trop de fêtes nocturnes (etc). Comme Ronaldo ou Adriano. Pas la première fois pour Balotelli, mais terriblement facile. A suivi le commentaire conclusif de l’entraineur José Mourinho:
« Je n’ai aucunement besoin de justifier ce choix ».
Ligne claire. Le gouvernement italien et divers ministères compétents (qui?) ainsi que la Fédération peuvent remercier.
Mais d’ailleurs, quel est l’avis de la FIGC (Fédération Italienne de Football) dans tout ça? E chi lo sa? Certainement trop occupée à gérer l’argent du Calcio et le « sous-dossier Italie » de l’énorme scandale (à niveau européen) promis pour novembre et qui tarde à arriver.
Au niveau mondial, le président de la FIFA Sepp Blatter déclarait le 24 juin que le racisme devait être banni du football, et ce particulièrement dans le cadre de la prochaine coupe du monde. Mais concrètement?
Car on doit rappeler ce qui s’est passé en mars à quelques milliers de kilomètres de Milan, dans le cadre de l’organisation de cette prochaine coupe du monde de football 2010: sous pression chinoise, l’Afrique du Sud (organisateur) n’a pas hésité à tout simplement annuler une conférence sur la paix dédié au thème « Football, racisme, xénophobie« , et ceci dans l’unique but de ne pas y héberger le Dalaï-Lama. Dans la foulée de l’annulation il fut même déclaré « persona non grata » sur son territoire jusqu’à l’été 2010, jusqu’après la finale de l’évènement sportif. Il avait été invité à prendre part à la conférence avec d’autres nobels de la Paix comme l’archevêque Desmond Tutu, Nelson Mandela et Fredrik De Klerk. Les très vives protestations de ces derniers n’ont eu aucun effet. Tout simplement, le meilleur client du pays, la Chine, n’était pas d’accord.
vV
¹ Joueur ou supporter de « Inter de Milan »
² Pour la Lega Nord, le sud commence sous le fleuve Po, au nord de Bologne.







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