Tout n’est pas dans la stricte traduction du titre de cet article (in italiano) , paru hier en version papier sur le quotidien italien La Stampa mais toujours indisponible en ligne, puisque le président du Conseil Silvio Berlusconi serait lui accusé d’être le mandataire de la saison des attentats par un autre repenti: Giovanni Ciaramitaro…

PALERMO — Il a quitté l’école à la fin du CM2 mais a de la volonté à revendre. C’est lui-même qui le dit: Gaspare Spatuzza.
Le repenti mafieux Spatuzza étudie la théologie depuis mars 2005 et discute beaucoup de Foi et de rédemption avec les aumôniers de la prison dans laquelle il réside pour trois condamnations à perpétuité. Mais aujourd’hui le modeste peintre en bâtiments « qui ne sait rien », comme l’a dit un jour Giuseppe Graviano¹, en empêche de dormir plus d’un dans les palais hébergeant le pouvoir italien.
Car hier matin, les procureurs de Palerme et Caltanissetta Francesco Messineo et Sergio Lari, leurs vice-procureurs Antonio Ingroia et Domenico Gozzo et aussi les substituts Paolo Guido et Nino Di Matteo se sont réunis tous ensemble pour décider de la marche à suivre : rouvrir ou ne pas rouvrir les enquêtes sur Berlusconi. Voilà ce qui était à l’ordre du jour.
Les procès-verbaux complets de Gaspare Spatuzza sont arrivés il y a quelques jours de Florence. Accompagnés de recoupements, vérifications, et contributions d’autres repentis. Une montagne de papier qui a induit les magistrats siciliens à choisir définitivement de croire Spatuzza: officiellement promu « repenti », après avoir été longtemps estimé « peu crédible ».
La rencontre au sommet d’hier avait une raison précise: les deux Parquets ont rouvert les enquêtes sur la période trouble des attentats de 1992 et de la négociation entre l’État et la mafia, et certaines initiatives sont menées de front commun entre Palerme et Caltanissetta.
À Palerme, Berlusconi avait été mis en examen pour concours externe en association mafieuse: fascicule 6031/94. L’affaire avait été classée en 1997 mais elle a été rouverte il y a peu dans le cadre de la mise en examen d’un autre homme, Francesco Paolo Alamia. À Caltanissetta, une autre enquête pour attentat. Classée en 2003.
Une décision devrait être prise avant le 4 décembre, jour de la déposition de Spatuzza dans le cadre du procès d’appel contre Marcello Dell’Utri, à Turin.
Spatuzza mais pas seulement. Des documents fiorentins se dégageraient recoupements, accusations et déclarations menant à prouver l’existence d’un accord évoqué par Giuseppe Graviano. Un accord qui aurait donné la garantie aux boss mafieux « d’avoir le pays en main ».
Mais quel accord? Avec qui? Une réponse est donnée par le repenti Giovanni Ciaramitaro:
« Giuliano Francesco, dit « Olivetti », m’expliqua que les attentats sur le continent étaient destinés à faire céder l’État sur la 41-bis², et me dit que derrière les attentats il y avait Berlusconi et d’autres politiques« .
Pietro Romeo et Salvatore Grigoli, d’autres tueurs de la famille de Brancaccio (quartier de Palerme; ndr) disent à peu près la même chose. Mais ici on ne trouve pas que des repentis et Brancaccio affiche même une certaine unité: ainsi, un vieil irréductible comme Cosimo Lo Nigro s’est aussi mis à parler: pour nier. Mais lors d’une confrontation directe avec Spatuzza, il dit « respecter » ce dernier, comme le fit aussi Giuseppe Graviano, et ce publiquement. Son frère, Filippo Graviano, dit aux magistrats de ne pas se faire d’illusions mais exprime « (sa) dissociation par rapport aux choix faits dans le passé ».
Spatuzza insiste: « Les 4 années sous régime carcéral « 41-bis » ont mis à genoux les deux frères ». Mais la clef de voûte tient peut-être dans la phrase suivante, en rien énigmatique: « Les Graviano sont extrêmement riches, et il ne m’apparait pas que leur patrimoine ait été touché, en aucune sorte. En somme, cette possibilité qu’ils ont de balancer l’identité de l’interlocuteur politique impliqué dans les attentats est comme un joker, un as caché dans leur manche »
Et c’est justement Giuseppe Graviano qui, avec le « super fugitif » Matteo Messina Denaro (chef actuel présumé de cosa nostra; ndr) et Totò Riina (chef des chefs arrêté en 1993; ndr) est « le seul qui connaisse la vérité sur ces massacres ».
Spatuzza parle aussi de rencontres que Filippo Graviano aurait eu avec l’actuel président du Sénat, Renato Schifani, avant que l’homme du « Peuple De la Liberté » (Pdl) ne devienne un politique. En 1990-91, Schifani était un avocat. Il alla alors trouver un client, Giuseppe Cosenza (« très très lié à Graviano »), à l’usine Valtras de Brancaccio (Palerme). Et là, Filippo, qui n’était pas fugitif, « organisait les rencontres ». Spatuzza soutient y avoir vu ensemble et de ses propres yeux: le boss, le client, et l’avocat.
Réplique immédiat du président du Sénat: « Je n’ai jamais eu de rapport (avec Graviano), ni ne l’ai défendu. Je dénoncerai Spatuzza en justice pour ses calomnies et insinuations innacceptables ».
Le repenti dit l’avoir reconnu seulement plusieurs années après. En prison à Tolmezzo, Graviano lui aurait également confirmé par la suite que cet avocat là était devenu le numéro 2 de l’État italien. »
Auteur: Riccardo Arena (Palermo, La Stampa)
« E SPATUZZA CHIAMA IN CAUSA SCHIFANI » 26.11.2009, page 9
Traduit de l’italien par Vito Vespucci @ AeC
¹ Giuseppe et Filippo Graviano ont été condamnés pour les attentats ayant couté la vie à Giovanni Falcone et Paolo Borsellino. Ils purgent des peines de prison à perpétuité.
² Régime carcéral « dur » pour certains mafieux, visant à l’isolement et empêcher aux boss de pouvoir gérer leurs »affaires » depuis la prison.
Suggestions de lecture :
- Le Monde, P.Ridet: 26.11.09 « Massimo Ciancimino, au nom du père et du fils »
- Régime carcéral « 41 bis » : wikipedia (en) | wikipedia (it)
Svp voir également les liens internes à l’article








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