ADN: la police anglaise accusée de constituer un « fichier noir »

Adn (Dna)

« Rien à cacher, rien à craindre? »

La très haute proportion d’hommes noirs -particulièrement les jeunes- interpellés en Angleterre serait liée à l’intention de la police britannique d’élargir son fichier ADN. Les arrestations envers cette particulière tranche de la population seraient devenues systématiques, même sans motivation. C’est l’une des alertes lancées par le rapport « Nothing to hide, nothing to fear? »¹ (Rien à cacher, rien à craindre?) de la Human Genetics Commission (HGC), basé principalement sur des données de l’Equalities and Human Rights Commission.

Pour la police anglaise, le mot d’ordre serait: « arrêter pour prélever l’ADN ». Quelles que soient la raison et l’issue de l’interpellation: « enrichir » sa banque de données. Et à y regarder de près, un groupe serait donc « very highly over-represented », très fortement sur-représenté:

« Les informations que nous avons indiquent que (cette banque ADN) contient environ 1/3 des hommes noirs et environ les 3/4 des jeunes hommes noirs (16 à 34 ans) qui résident au Royaume-Uni » (EHRC, The Times)

De son côté l’HGC a évoqué les « 18-35 ans », et la validité de sa source d’information (et capacité à la vérifier) a été mise en doute. L’HGC a reconnu avoir peut-être « durci » un peu le chiffre quant aux « 3/4 de jeunes noirs » (un éloquent 75%) fichés par ADN, mais s’appuierait entre autres sur une déclaration (2007) de Patricia Scotland, actuelle Procureur Général pour l’Angleterre, Galles et Irlande du Nord (fonction gouvernementale). Celle-ci avait alors évoqué clairement le chiffre « réaliste » de « 77% de noirs bientôt fichés par ADN ».

L’information, qui pointe du doigt la constance d’une police nationale à établir une banque ADN à caractère racial, a fait la une du Times du 24 novembre 2009, ce qui est bien la moindre des choses.

« C’est devenu aujourd’hui un travail de routine que de prélever l’ADN au moment de l’interpellation. Ainsi, beaucoup des personnes présentes dans cette banque ADN ne le seront pas pour avoir été retenues coupables, mais simplement parce qu’elles ont été arrêtées » (professeur Montgomery, président HGC- The Times)

Selon l’HGC, la police anglaise aurait constitué la plus importante banque de données ADN au monde: plus de 5 (voire 6) millions de personnes. Et le chiffre serait en hausse permanente, en parallèle à celui des arrestations qui enregistrerait  en moyenne +5% ces dernières année (1,48 millions pour 2006-07), mais en contraste avec celui des délits, qui lui (selon le Times) baisserait constamment depuis 2004-05.

Aujourd’hui, plus d’un million d’innocents seraient ainsi fichés. Une réflexion serait en cours afin de limiter à 6 ans leur présence dans cette banque de données. Selon le rapport « Nothing to hide, nothing to fear? », ces innocents constitueraient de fait une catégorie de « pré-suspects« .

Le Département de l’Intérieur anglais (Home Office) a déclaré pour sa part que cette banque de données était « un instrument vital dans (sa) lutte contre le crime » lui ayant permis de résoudre plus de 400.000 délits entre 1998 et mars 2009.

Mais Human Genetics Commission estime dans son rapport qu’il est temps que cette monstrueuse banque de données en perpétuelle évolution bénéficie d’un « statut clair« , et qu’elle soit « supervisée » par une autorité indépendante« .

vV

¹ Le rapport « Nothing to hide, nothing to fear? » en version Pdf (1,90MB)

Sources: Il Fatto Quotidiano (25.11.09), The Times (1, 2), Arrêt sur images, Sky News
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