
« Si vous protégez les assassins de mon frère au point de nier l’évidence des faits, alors cela ne suffit plus: tant que vous y êtes, inculpez-nous! toute notre famille! maintenant! ». La phrase n’est pas littéralement de Salvatore, mais elle résume l’état des lieux. La justice italienne (la VIème section de la Cour de Cassation) a de nouveau craché sur la tombe du juge Paolo Borsellino, son frère, en refusant une nouvelle fois de donner une chance à la vérité, éliminant l’une des rares pistes documentées pouvant amener à comprendre. Toujours le vol du tristement fameux « Agenda Rouge » (les majuscules sont de Salvatore), « boîte noire » de l’Italie, de ce cloaque empli de smemorati -ou amnésiques- encore et toujours au pouvoir. De la présidence du Conseil au Conseil Supérieur de la Magistrature.
Pour une meilleure compréhension des faits -que la justice italienne ne semble aucunement intentionnée à livrer, amer constat- l’on attend avec toujours plus d’impatience le livre promis par Gioacchino Genchi, ancien collaborateur du juge antimafia Borsellino qui fut le premier à évoquer la présence d’éléments des service secrets sur les lieux de l’attentat, et leur vraisemblable participation, implication.
Mais la vérité arrivera peut-être aussi « poussée » par la mafia. Par des repentis mais pas seulement. Il y aussi les impatients. La négociation, le pacte État/mafia (il « papello » notamment) dont on dit qu’il aurait pu couter la vie à Borsellino qui y était opposé, pourrait encore être « valide ». Surprenante et récente thèse notamment soutenue par le journaliste Peter Gomez. L’absence de certains résultats ferait s’impatienter, trop, Cosa nostra. En 2009, presque 2010.
Sergio Lari (Parquet de Caltanissetta), Antonio Ingroia et Nino Di Matteo (Parquet de Palerme) sont trois des magistrats sur lesquels repose beaucoup d’espoir dans cette quête pour la vérité.
Après Ciancimino « jr », fils de Vito² l’ex-grand mafieux (et maire) de Palerme, semble également imminent le témoignage du repenti Gaspare Spatuzza dans le procès d’appel pour association mafieuse de Marcello Dell’Utri, bras droit de Berlusconi et créateur de Forza Italia. Spatuzza accuse Berlusconi et Dell’Utri d’être les représentants de Cosa Nostra. Un de plus. Salvatore Borsellino continue lui son long et exténuant combat pour la vérité. Il n’est plus seul, mais son ennemi semble être cet anti-État italien et sa justice. Sont-ils ceux qui tuèrent son frère Paolo? Il faut lire les mots de Salvatore pour percevoir sa rage et sa détermination. 17 ans après le 19 juillet 1992 à Via d’Amelio :
« SALVATORE BORSELLINO— 18.11.2009 :
« Au 1er avril 2008, déjà, lorsque le juge de l’audience préliminaire Paolo Scotto di Luzio avait acquitté le colonel des carabiniers des ROS¹ Giovanni Arcangioli du vol de l’Agenda Rouge de Paolo Borsellino, j’avais manifesté mon grand désappointement, car le procès s’arrêtait là, en phase d’audience préliminaire, empêchant ainsi à cette affaire pénale si importante d’accéder à la phase du débat lors de laquelle une analyse approfondie des preuves (il y a même des photos) et des témoignages (incertains et contradictoires) aurait pu établir l’innocence ou la culpabilité de l’inculpé.
Puis j’avais espéré que la Cour de Cassation aurait annulé cette sentence d’acquittement absurde, grâce au recours motivé et circonstancié présenté par le Parquet de Caltanissetta contre cette sentence d’acquittement, affirmant que « l’affaire en cours était classique de ces cas qui nécessitent un passage au crible des éléments » afin de « combler les vides » et d’affronter les déclarations contradictoires à travers un « débat approfondi ».
Mais ensuite il y eut le « pavé » du 17 février 2009: la déclaration d’inadmissibilité du recours par la Cour de Cassation. Un évènement qui, comme je l’avais déjà alors déclaré, posa une pierre tombale sur la recherche de la vérité dans cette affaire ainsi que sur la disparition de l’Agenda Rouge du juge Borsellino -qui est à mon avis l’un des raisons fondamentales de sa condamnation à mort- mais aussi quant à la manière dont fut exécuté l’attentat. Car tuer Paolo sans faire disparaître aussi son Agenda Rouge n’aurait servi à rien, car dans cet agenda sont certainement présentes des preuves de crimes et de complicités, de celles qui pourraient terrasser une entière classe politique mise face à ses terribles responsabilités.
Mais les motivations de la sentence de cette tristement célèbre « 6ème section » de la Cour de Cassation, aujourd’hui publiées par l’agence de presse Apcom, vont bien au-delà de l’obscénité d’un tableau empli de preuves refusées, de vérités cachées et de crimes dissimulés. On en arrive au point de nier que la mallette du juge Borsellino ait pu contenir l’Agenda Rouge, assenant que « les uniques vérifications ayant été effectuées, à une époque encore proche des faits, induisaient même à exclure que la mallette saisie par le capitaine Giovanni Arcangioli ait pu contenir un agenda ». C’est à dire qu’on accepte de croire aux déclarations contradictoires et faites à diverses époques par l’inculpé, déclarations qui impliquaient des témoins qui l’ont ensuite démenti, comme l’ex-magistrat (au moment des faits) Giuseppe Ayala, ou bien des gens qui tout simplement n’étaient pas sur le lieu de l’attentat, comme Vittorio Teresi. Et ainsi l’on ne donne aucune valeur au témoignage d’Agnese Borsellino, femme du juge, qui vit Paolo remettre l’agenda dans sa mallette après l’avoir consulté dans l’après-midi du 19 juillet, avant de partir pour son rendez-vous avec une mort annoncée.
En étant arrivé là, ne nous reste plus qu’à tirer les conséquences inévitables de la sentence de la Cour de Cassation: il faut inculper la femme du juge pour faux témoignage et poursuivre en justice toute la famille de ce même juge. Femme, enfants, frères et sœurs, pour soustraction et dissimulation de cet agenda, puisque Paolo ne s’en séparait jamais. Seule sa famille pourrait donc l’avoir subtilisé et dissimulé. Néanmoins contre la mère du Juge les poursuites ne pourront être menées. Pour décès survenu de l’inculpée.«
Salvatore Borsellino
Source: 19luglio1992.com
« Incriminare i familiari di Paolo Borsellino per la sottrazione dell’Agenda Rossa »
Traduction: Vito Vespucci pour AeC
Ps. [Maj 20.11.2009, 9h54] La sentence a été émise le 17 février 2009. On en connait la motivation depuis seulement quelques heures
¹ Groupe Opérationnel spécial, élite des carabiniers
² Wikipedia italia résume parfaitement cette « tipologie » de personnage: « Vito Calogero Ciancimino (Corleone, 2 aprile 1924 – Roma, 19 novembre 2002) fut un homme politique et un criminel italien, appartenant à la DC (ndr: Democrazia Cristiana, de Andreotti) et faisait partie de Cosa Nostra (…) ». Etc

Légalité et Justice ont un nom et un prénom: Salvatore Borsellino (19 juillet 2009, Palermo)
Vous pourrez lire également:
- Assassinat de Paolo Borsellino: 17 ans d’amnésie
- L’équivoque (Paolo Borsellino, 1989)
- Etat et mafia: la grande coalition du chantage (Peter Gomez) Italopolis
- Le tournant Italopolis
- Il papello: la négociation entre l’Etat et Cosa nostra n’est plus une légende Italopolis
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- La mort en face: Paolo Borsellino, 1er juillet 1992
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- ”Un pacte entre Berlusconi et la Mafia?” (Valérie Gas)
- Bon anniversaire Giovanni Falcone
OÙ EST L’AGENDA ROUGE DE PAOLO BORSELLINO ?









Billet, comme les autres, d’autant plus précieux qu’il est précis.
Faut-il être hors de ses frontières pour comprendre mieux ce qui se passe dans un pays ?
Gent.mo Vito Vespucci,
grazie di cuore per il tuo pezzo e per la traduzione in francese dell’editoriale di Salvatore Borsellino che abbiamo segnalato sul nostro sito: http://www.19luglio1992.com/index.php?option=com_content&view=article&id=2089:rassegna-stampa-sullagenda-rossa-di-paolo-borsellino&catid=20:altri-documenti&Itemid=43
Un caro saluto
Marco Bertelli
Caro Marco,
La ringrazio moltissimo per il suo messagio.
Spero solo che gli articoli o traduzioni che faccio al soggetto possano aiutare in qualche modo a una migliore diffusione di questa… come chiamarla? catastrofe? … Trovo pazzesco come in Italia sia sottovalutata nei fatti, incluso dal « popolo della rete ». Proprio in queste ore passano delle « dépêches »/flash ANSA (antimafia2000) con notizie pesantissime (re: PM di Palermo/Caltanissetta), ma nessuno ne parla. Proprio non lo capisco.
Un saluto vV