Crucifix à l’école italienne: la nouvelle croisade du Peuple de la Liberté

Crucifix en classe - photo: Reuters/Toni Gentile

La présence du crucifix dans les salles de classe italiennes est une violation de la liberté de religion des élèves, ainsi que de celle de leurs parents. La sentence est tombée, limpide:

819 – 03.11.2009
Communiqué du Greffier – Arrêt de chambre1
Lautsi c. Italie (requête n° 30814/06)

CRUCIFIX DANS LES SALLES DE CLASSE : CONTRAIRE AU DROIT DES PARENTS D’ÉDUQUER LEURS ENFANTS SELON LEURS CONVICTIONS ET AU DROIT DES ENFANTS À LA LIBERTÉ DE RELIGION
Violation de l’article 2 du protocole n° 1 (droit à l’instruction) examiné conjointement avec l’article 9 (liberté de pensée, de conscience et de religion) de la Convention européenne des droits de l’homme.

La sentence a été émise le 3 novembre 2009, à l’unanimité par les 7 juges de la cour européenne des droits de l’homme.

La requête a été introduite devant la Cour européenne des droits de l’homme le 27 juillet 2006. L’arrêt a été rendu dans par une chambre de sept juges composée de :

Au lendemain de l’annonce, plus encore que le Vatican – qui estime la sentence « idéologique », « myope », une « lourde interférence »-, c’est le gouvernement Berlusconi qui monte au front: tout son Peuple de la Liberté (Pdl) hurle au scandale, et contre l’Europe :

« La présence du crucifix en classe ne signifie pas adhérer au catholicisme, c’est un symbole de notre tradition »
Mariastella Gelmini (Pdl), ministre de l’Instruction, Université et Recherche

« Un coup mortel à l’Europe« 
Franco Frattini (Pdl), ministre des Affaires étrangères

Mauro Cutrufo, vice-maire de Rome, petite ville italienne au pied des frontières vaticanes a du être le premier -sous la main et donc- à en prendre plein son grade. Forcément. Il se répand:

« La sentence de la cour européenne des Droits de l’homme de Strasbourg, me laisse stupéfait (…) En ne reconnaissant pas les racines judéo-chrétiennes et en ne les insérant pas dans la Constitution, l’Union européenne a commis une première erreur, parce qu’elle a tenté d’effacer d’un coup l’histoire et l’identité de l’Europe elle-même, au nom d’un laïcisme pas mieux précisé qui n’a rien à voir avec la laïcité (…) C’est maintenant au tour de la Cour européenne des Droits de l’homme qui rejette de fait la présence du crucifix dans les salles de classe et cela me semble objectivement un peu trop (…) L’Italie et l’Europe ont une histoire et une culture qu’une sentence ne pourra pas effacer (…) Le dialogue interreligieux passe par la tolérance et le respect, non par une guerre contre le crucifix, qui est au contraire un symbole de bonté et de paix qui, par tradition, trouve depuis toujours sa place dans les salles de classe de nos écoles« .

Pour Gianfranco Fini, le leader perdu par la droite berlusconienne (l’ex-néo-post-fasciste aujourd’hui considéré par ses pairs Pdl plus à gauche que la gauche…) c’est l’occasion de faire front commun:

« (Défendre la) laïcité des institutions est une chose bien différente que de nier la place du christianisme dans la société italienne »
Gianfranco Fini (Pdl) président de la chambre des députés

« Ce serait une erreur dramatique que de faire de l’Europe un lieu vide de symboles, traditions, cultures »
Renato Schifani (Pdl) président du Sénat

À gauche, le néo-premier secrétaire Pierluigi Bersani peut se permettre d’être plus  incolore, certainement soulagé d’avoir vu s’en aller récemment (vers l’UDC) le « radical-catho » Rutelli, mais ne se dissocie pas du chœur. Le bipartisme catholique fonctionne déjà à plein régime:

« Je crois que sur des thèmes aussi délicats parfois le bons sens finit par être victime du droit. Une vieille tradition comme le crucifix ne peut être une offense à qui que ce soit »
Pierluigi Bersani (premier secrétaire du Parti Démocrate)

Du centre-chrétien, UDC, le chef commente:

« Le crucifix est un patrimoine civil appartenant à tous les Italiens, car c’est le signe de l’identité chrétienne de l’Italie et de l’Europe »
Pier Ferdinando Casini, principal dirigeant de l’Union des Démocrates Chrétiens (UDC, centre)

Enfin, le commentaire du porte-parole du Vatican, le père Federico Lombardi:

« Ce n’est pas ainsi qu’on peut être attiré et partager l’idée de l’Europe, que nous catholiques italiens avons soutenue depuis son origine (…) On dirait qu’ainsi l’on veut nier le rôle du christianisme dans la formation de l’identité européenne, alors qu’elle en fait partie et reste essentielle. »

Le rapport amour-haine entre le Pdl berlusconien et le Vatican, bien documenté par l’affaire Eluana Englaro (où ils firent front commun),  les dures critiques du Vatican envers l’adoption du « paquet sécurité » du ministre de l’intérieur léghiste Maroni, la publication cet été de « Vaticano SpA«  (les secrets bancaires du Vatican révélés par un journaliste identifié comme « résistant » mais quoiqu’il en soit écrivant pour Libero, Panonarama et Il Giornale, titres du groupe de Berlusconi), le lynchage médiatique de Dino Boffo (rédacteur en chef du catholique Avvenire coupable d’avoir élevé la voix trop souvent contre un « indécent » Cavaliere, contraint à la démission sous fond de diffamation -à fond sexuel bien sûr- à son encontre par Il Giornale), et le retour du spectre de possibles élections à court ou moyen terme… n’auront évidemment aucun rapport avec la fougue dont témoignent nos valeureux héros du peuple de la Liberté à défendre la Cristianità de leur terre (que la Ligue du Nord morcellerait très volontiers à la première occasion).

Être ou ne pas être chrétien, ah, c’est compliqué.

aEc

Lien: Lire la sentence de la cour européenne des droits de l’homme
Source principale: La Stampa « L’Europa: niente crocifisso nelle aule »

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5 Responses to “Crucifix à l’école italienne: la nouvelle croisade du Peuple de la Liberté”

  • Julia dit :

    Encore de méchants juges qui veulent empêcher l’Italie de célébrer sa grandeur….
    Contente de vous savoir de retour cher AeC!!

  • AeC dit :

    Et ils sont de plus en plus méchants, comme l’explique si bien Jean-Marie Le Ray ici:
    http://adscriptum.blogspot.com/2009/11/italie-la-solution-finale.html
    Merci pour votre message!
    AeC

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