
85%. Aujourd’hui, Beppe Grillo emporterait haut la main les primaires du Parti Démocrate italien et en deviendrait le premier secrétaire. C’est ce que révèle un sondage en ligne lancé le 13 juillet sur le site du journal L’Espresso (hebdomadaire dont le groupe détient aussi La Repubblica) représentatif s’il en est de l’électorat de la gauche italienne d’aujourd’hui. Face à ceux qui auraient pu être ses adversaires, Grillo reçoit la préférence virtuelle de plus de 85% des lecteurs. Rien moins que ça. L’actuel et récent secrétaire veltronien Franceschini y recueille environ 2%. Le second derrière Grillo est Marino, avec 5-6%, ce qui ressemble à une prime pour avoir été le seul à ne pas refuser nettement la candidature du »comique » à la future cérémonie des primaires. Marino est talonné par Bersani, candidat soutenu par D’Alema, également sur les 5-6%… Un sondage en ligne vaut ce qu’il est, n’est pas à l’abri des manipulations, mais l’abysse enregistré est très éloquent:
Sondage L’Espresso: 57534 votes à 10:30 le 16.07.2009
(votation en ligne ouverte à 00:00 le 13-07-2009)
- Mario Adinolfi 338 voti
- Pierluigi Bersani 3064 voti
- Dario Franceschini 1054 voti
- Beppe Grillo 49807 voti
- Ignazio Marino 3271 voti
Une situation qui se présenterait seulement SI le Parti Démocrate voulait bien accepter la demande d’adhésion de Beppe Grillo, ce qui n’est pas le cas. Il s’est montré -ou est- trop hostile au PD, lui a-t-on répondu.
»Hostile? pour le dire de quelqu’un il faut discuter de son programme. Le mien le voilà: L’eau publique, les énergies renouvelables, la mobilité, le wifi gratuit (et libre ndlr), le recyclage des déchets… Et ceci est hostile envers eux, car le voilà leur programme : les décharges, le ciment, l’eau privatisée, des incinérateurs provoquant des cancers… » (Beppe Grillo, Corriere della Sera, 16 juillet 2009)
Non. Pendant 48 heures Beppe Grillo a tenté de prendre sa carte du PD, plusieurs fois, mais les hautes instances ont tout bloqué. La raison globalement invoquée est qu’il en est un ennemi -il l’a écorché assidument depuis sa création- et ne peut donc en partager les valeurs. Grillo a répondu hier après-midi avec un nouveau brulot commençant ainsi:
Perplexités. Si le P.D. italien est énormément préoccupé par la candidature du »comique » et ne parle que de ça depuis le largage de la bombe, c’est également le cas de la base des supporters »Grillini ». Ils ne sont pas tous d’accord et l’on observe un étrange mix de silence pesant ou d’altercations, pour ou contre: »Oh Nooon, pas lui aussi! » semble un sentiment répandu dans la base active (groupes meetup et listes civiques) et sera vraisemblable sujet de discussions animées le 25 juillet, jour de réunion nationale des troupes avec Beppe à Milan. Certains ont semblé tout à fait choqués par la nouvelle. D’autres plus pragmatiques ont réagi sur le ton »Enfin, Beppe! ». Mais la »descente sur le terrain politique », de fait, est depuis quelques heures devenu un point commun entre Grillo et le Cavaliere Berlusconi. Insupportabile.
L’accident. Ce qui coince peut-être le plus, sera certainement utilisé contre lui et source de gros malaise parmi les supporters est que les règles vigoureuses concernant la candidature à ses »listes civiques 5 étoiles » ne lui permettrait pas de le faire lui-même, car ouvertes seulement -pour les candidats- à des personnes pouvant témoigner d’un casier judiciaire vierge, immaculé. Or Grillo a été condamné pour homicide involontaire, suite à un accident de voiture en 1981 dont il sortit seul indemne.
Double trahison. Ainsi pourrait-on lui dire »tu ne peux être candidat chez toi en respectant les règles établies par toi-même et que nous avons défendu pour toi. Alors tu vas au PD que tu as pourtant tant critiqué ».
PD, le vide puis la chute. Du coté du Parti Démocrate on ne fait rien, bien au contraire, pour redresser la ligne désastreuse utilisée depuis 4 jours et très bien illustrée par le résultat lapidaire du sondage de L’Espresso: celle des hommes »indignés » par un comique qui »ne les préoccupe pas » mais qui en aucun cas ne peut »prendre le parti pour un taxi ».
»Fassino dit que le Parti Démocrate n’est pas un taxi. Bersani dit que le Parti Démocrate n’est pas un autobus et la Melandri dit que le Parti Démocrate n’est pas un tram. L’unique certitude que nous avons aujourd’hui est que le Parti Démocrate n’est pas un véhicule à moteur » (Beppe Grillo, 14 juillet 2009)
Veltroni loves Craxi. Encore mieux, l’ex maire de Rome et ex-secrétaire (démissionnaire) du PD Walter Veltroni a rendu hier un vibrant et surprenant hommage à Bettino Craxi (égratignant l’icône Berlinguer au passage), Craxi qui »interpréta mieux que quiconque l’évolution de la société italienne » (etc). Ah. La société des Italiens qui le chassèrent à coups de pièces de monnaie? Bettino Craxi, »l’un des plus influents et controversés personnages de la 1ère République italienne » nous dit wikipédia, et l’un de ses fossoyeurs, qui mourut fugitif sous les palmiers de Hammamet: mains propres, tangentopoli, l’ex-magistrat Antonio Di Pietro, il y a 17 ans. Un hommage certainement très malvenu, un peu répugnant car crachat à la figure d’un électorat qui a soutenu le »grand » Parti Démocrate -au détriment parfois d’une autre formation mineure à gauche- malgré ses faiblesses, casseroles et absences, dans l’espoir de créer un changement à la direction du pays devenu »Italie de la Libertà ». Du Peuple De la Liberté berlusconien dont le chef impunito croule sous les affaires mais reste solidement accroché au pouvoir.
Le personnage Grillo est très en phase avec le quotidien, la communication, le spectacle, mais tout à fait hors-phase avec le marais politique italien. Il est rejeté par la majorité, tous bords confondus, un vrai mur gauche-droite, comme durant sa récente intervention au Sénat pour un »Parlement propre ». Un mot malheureux lui échappe ( »trainées »…) pour définir certain(e)s membres -ou futur(e)s- de la classe politique italienne et tout le monde le prend très mal. Évidemment. Puis la presse muselée reporte l’épisode seulement sur le mot, sans dire ce qu’il faisait au Sénat, et qu’il avait 350.000 signatures de citoyens en main. Aujourd’hui c’est au tour du PD de recevoir ses 4 vérités et ça ne passe pas non plus. Il est trop populaire.
Que se passerait-il si Grillo devenait secrétaire du Parti Démocratique? Très sincèrement on n’en a aucune idée. On n’est pas ou plus habitué à ces »possibles », et c’est là que c’est très excitant.
San Beppe Grillo a au mois autant à perdre qu’à gagner dans cette affaire. Se lançant soudainement sur le terrain politique (mais n’y est-il pas déjà depuis très longtemps ?!) il peut y laisser sa »respectabilité », telle une vierge s’offrant finalement à la baccanale politica sous les yeux atterrés de ses adorateurs. Pour l’homme »propre », le pulito qui va au charbon, on craint qu’il se salisse irrémédiablement.
Condamné. On se demande quand même si on ne pourrait pas »oublier » l’accident de Grillo, ou le recadrer aujourd’hui. Un accident, un homicide involontaire pour lequel il a été condamné il y a 28 ans et qui ne ressemble pas aux grand maux qu’il combat et pour lesquels il est aussi tant suivi. Andreotti, Craxi, Berlusconi… 3 au hasard. Et Grillo non? La politique serait donc réservée à ses affaires, aux pourris, définitivement?
Serracchiani. Toute cette histoire n’est peut-être liée qu’à la volonté ou besoin de Grillo de renouveler les interlocuteurs à gauche et pousser Debora Serracchiani, nouvelle leader du PD actuellement réduite, recadrée par les »vieux », à être la seconde de Franceschini, premier secrétaire ex-DC auquel elle a renouvelé l’appui sans fermer aucunement l’idée d’une collaboration avec Grillo. De son blog elle a écrit à Beppe et lui a rappelé le »b.a.ba » du bon vieil adhérent au parti: Cher Beppe tu dois savoir qu’être le tesserato d’un parti signifie »en partager l’idéologie, les valeurs, l’histoire, les émotions, en aimer le symbole, le drapeau et le projet ». Elle glisse ensuite rapidement sur sa »joie a pouvoir collaborer avec lui » sur les thèmes qui sont sujets des batailles quotidiennes de Grillo, en ajoutant d’autres à la liste. Le tout ressemblerait presque à un programme. Un ticket virtuel, le »Serracchiani/Grillo ».
Projet? En y ajoutant l’allié Di Pietro et son Italie des Valeurs, on est certainement proche d’Europe Écologie (Cohn-Bendit/Eva Joly/José Bové) qui a fait si mal au PS français récemment. Mais en Italie le vert est avant tout la couleur d’un parti xénophobe -la Ligue du Nord- et le seul interlocuteur identifié, l’ancien ministre et ex-secrétaire national de la Fédération des Verts Pecoraro Scanio est encore aujourd’hui accusé de corruption. Et en l’état, aucun rapprochement EE/Grillo n’a jamais été évoqué ni suggéré.
Show? Bref, si tout ça n’est qu’un nouveau spectacle de Grillo, on suggère une longue tournée, tant les résultants sont intéressants et immédiats.
Sauver l’Italie. Dans un beau pays aujourd’hui réduit à une bataille gouvernementale entre ministres xénophobes, ex-néo-post fascistes, voire aussi -disent certains- des P2istes, et dont le président signe les décrets de lois à portée totalitaire en cillant à peine, il pourrait aussi tout simplement venir à l’idée d’implorer Grillo pour qu’il soit candidat. Du Parti Démocrate pourquoi pas, mais en tout cas POUR DE VRAI.
AeC
Ps. Grillo a commencé à clarifier la situation ce matin à travers la publication d’une interview sur le Corriere della Sera: si on ne veut pas de lui au Parti Démocrate il déclare être bien obligé d’en prendre acte.
»Si j’avais été à leur place? J’aurais dit: cher Grillo, laisse tomber, nous ne pouvons t’accepter comme membre parce que ça fait des années que tu te moques de nous. Mais si tu viens au congrès tu seras un invité apprécié. Viens nous parler. Ça aurait été une réponse politique. Ils auraient fait belle figure. mais me sortir le paragraphe 3 de l’article 9 (pour refuser ma demande d’adhésion, ndlr)… ! Ca n’est pas une réponse politique: c’est de la bureaucratie (…) ». Beppe Grillo, 16 juillet 2009, Corriere della Sera
Selon Grillo, Debora Serracchiani est perdue dans le Parti Démocrate telle une ‘’sœur dans une maison close ». Il déclare aussi ne pas être un abstentionniste, n’avoir JAMAIS voté pour le Parti Démocrate mais l’avoir fait dernièrement pour Di Pietro (IDV). Et donc pas pour l’une de ‘’ses » listes civiques ou parle-t-il des européennes? Il souligne aussi qu’il respecte les électeurs du PD mais pas une dizaine (il parle d’une vingtaine sur son site) de personnes faisant partie des »patrons » du PD: des vieux dirigeants du centre-gauche qui devraient être ramenés chez eux sur le ton: »allez pépé, viens, c’est fini on rentre à la maison ». LA question et donc LA réponse manquent cependant: »Beppe, et si le PD avait accepté, l’auriez vous VRAIMENT fait? ».
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