Fait-divers: Mort du Parti Démocrate italien

On le savait mal en point, vaguement suicidaire, mammouth, incapable de se renouveler, auto-lésioniste. Le voilà maintenant délégitimé, discrédité, fini. Et comme d’habitude le  »do it yourself » -ou fai da te- a été de rigueur. Le Parti Démocrate italien est mort le 12 juillet 2009, à l’annonce de la candidature de Beppe Grillo à ses primaires du 25 octobre. Personne n’avait invité Grillo au club, et on n’en veut SURTOUT PAS ont clarifié immédiatement les termites du PD. Il aura suffi que le popularissime Grillo éternue pour faire exploser la baraque.

Le Parti Démocrate est mort: vive le Parti Démocrate! (photo: web DR)

Le Parti Démocrate est mort: vive le Parti Démocrate! (photo: web DR)

Boom.

La bête de scène Beppe Grillo est une sorte de croisement entre Michael Moore et le Cohn-Bendit d’Europe Écologie, mais attention, il est italien, et même Génois.

Le  »comico-politique » est devenu officiellement depuis le 12 juillet au soir un homme politique. Il aurait à sa disposition (et très largement) le nombre requis de signatures pour présenter sa candidature à la présidence du centre gauche italien, devenant ainsi le  »4ème homme » de l’important et crucial rendez-vous du 25 octobre 2009: les primaires du Partito Democratico.

E4-E2. Seul hic, Beppe Grillo n’a pas la carte du parti, et l’a beaucoup malmené depuis sa création. Il doit donc passer par la case départ, et l’on découvre alors un Parti Démocrate se réservant d’apprécier la demande d’adhésion. On parle d’un parti qui a pu vérifier la perte de 3 à 4 millions de voix aux dernières élections (juin 2009), s’estimant heureux finalement d’avoir survécu avec un récent secrétaire, Dario Franceschini, annoncé mort-né par ses collègues. Un parti dont le programme se résume encore à savoir quel courant (D’Alema ou Veltroni) en prendra la tête.

 »Le PD n’est pas un taxi. cette candidature est la énième boutade d’un comique, elle ne nous préoccupe pas » (Piero Fassino)

La solution est simple: le Parti Démocrate a annoncé qu’il se refusera d’enregistrer la demande d’adhésion faite hier matin par Beppe Grillo. Les pontes du PD l’ont dit moins de 24 heures après l’annonce de Grillo, par la voix de Piero Fassino, dirigeant PD et ancien premier secrétaire ‘’socialiste » (on résumera par ‘’socialiste », le parti changeant de nom à l’infini, trainant ses casseroles et visages usés d’un championnat politique à l’autre).

Panique. On n’avait jamais vu le Parti Démocrate agir et répondre aussi vite. Depuis la démission de Prodi, puis les montagnes russes (et aussi la démission mais du parti seulement) de Veltroni, ou  »Veltrusconi » dixit Grillo, le parti n’a toujours pas retrouvé un point d’accroche, un vrai leader, un programme. S’il l’avait. Ni ne s’est révélé intentionné à réunir une coalition digne de ce nom.

Le PD, ou PD-moins-L ¹(dixit encore Grillo) vient de passer ses dernières semaines à faire tenir profil bas à une possible -mais surtout évidente- relève représentée par la jeune Debora Serracchiani, seule personnalité avec laquelle Grillo déclare envisager un parcours commun.

Si Beppe Grillo a bien été présent lors des dernières élections (européennes et communales de juin 2009), ce fut en tant que  »parrain » et initiateur (pas candidat) du mouvement des listes civiques  »Communes à 5 étoiles ». Listes composées exclusivement (condition sine qua non) de candidats -souvent jeunes- au casier judiciaire vierge. Alors Grillo réalisa un impressionnant marathon italien pendant la campagne électorale, pour présenter un par un tous ‘’ses » candidats pour les mairies et conseils municipaux, et l’Europe.

Mais Beppe a commencé son parcours politique depuis près de 30 ans, d’abord travesti en clown. Alors seulement comique, il fut victime dès 1986 de la sphère  »Craxienne », pour une blague: « (au cours d’un voyage officiel en Chine) Martelli appelle Craxi et dit:  »Mais dis moi un peu, ici ils sont 1 milliard et tous socialistes? » Craxi lui répond:  »Oui, pourquoi? ».  »Mais alors s’ils sont tous socialistes, à qui volent-ils? ». Pour cette sortie, quelques années avant la fin de Craxi, qui mourut fugitif sous les palmiers de Hammamet, Beppe Grillo fut évincé des télévisions du service public des années durant.

Paria de la télévision, il cassa aussi des ordinateurs sur scène, car incarnant le mal absolu, la fin de l’homme. Puis il a compris. Aujourd’hui son blog est l’un des plus suivis au monde (version italienne et anglaise), un outil qui lui est indispensable. Alors aujourd’hui son espace web est aussi dans la ligne de mire des lois liberticides visant (entre autres) internet, concoctées en ce moment par le gouvernement Berlusconi & sons.

Parlement propre. Beppe Grillo a été très froidement accueilli il y a peu au Sénat italien lorsqu’il a demandé, fort de 350.000 signatures recueillies 1 par 1 sur les places publiques italiennes, à ce que les chambres du Parlement italien soient nettoyées de leurs politiques corrompus, véreux, mafieux… Prescription des faits ne rime pas avec innocence et devrait induire la méfiance des politiques envers leurs pairs concernés, disait lui-même le juge antimafia Paolo Borsellino.

PD vs Justiciers. En Italie, bientôt 20 ans après l’affaire  »Mani Pulite/Tangentopoli  » qui provoqua la chute mais visiblement pas la déchéance de la Democrazia Cristiana (Craxi, Andreotti) et du PSI, l’actuel centre-gauche de Franceschini (ex-DC) ne veut toujours pas s’allier non plus avec l’ex-magistrat Antonio Di Pietro, qui est lui aujourd’hui lui à la tête de l’Italie des Valeurs: le tombeur des classes politiques n’a pas été pardonné. Ni remercié, sinon de la plus singulière des manières: exclu du jeu, comme Grillo. Pas de  »justiciers » au Parti Démocrate.

Grillo a déjà scellé plusieurs alliances -sur liste ou  »morales »- avec ses listes civiques  »5 étoiles » lors des récentes élections. Des alliances et convergences de vue avec d’autres parias de la politique italienne, ces justiciers dont l’Italie semble avoir grandement besoin aujourd’hui, comme Di Pietro, Sonia Alfano, ou Luigi De Magistris, un ex-magistrat ayant rejoint l’IDV de Di Pietro.

Grillo a aussi attaqué plusieurs fois le président de la République Napolitano pour son inertie, jugée coupable à ses yeux. Di Pietro lui-même vient de décliner l’offre de  »trêve de la guerre des partis » proposée par le même président. Il faut dire que limiter l’invraisemblable chaos économico-politico-judiciaire italien à une vision de »guerre des partis » est aujourd’hui presque risible.

Tout sauf la trêve! L’heure n’est pas à la trêve en Italie! alors que la presse a du mal à cacher les nouvelles preuves évidentes de rapport entre Berlusconi et la Mafia (une lettre de Bernard Provenzano lui demandant le contrôle d’une télévision en échange de services renndus, information soigneusement enterrée durant le G8 bien que sortie quelques jours avant), qu’enfle l’affaire de Bari et des accompagnatrices (on en est à la description de véritables orgies), qu’on tente de faire oublier l’affaire Mills (le corrupteur incondamnable en est Berlusconi Silvio), que la situation générale de la justice italienne est plus que préoccupante (tenue par les hommes de main du Cavaliere qui veulent réformer à la rentrée pour augmenter la main mise sur le pays, maintenant papi à sa tête évidemment en rendant constitutionnel le décret de loi fait ad-hoc pour lui assurer l’IMPUNITE), que L’Aquila est une poudrière et tragédie bien cachée, que que et que…

Au pays de la politique verticale, la résistance a de beaux jours devant elle. Si c’est Grillo qui mène la danse, elle a quelque espoir. Prochain rendez-vous annoncé le 4 octobre pour le V3, ou  »Vaffanculo Day » contre le nucléaire. Thème très actuel: durant le G8, le Sénat italien a approuvé le retour du nucléaire en Italie.

Mais qui sait. Si le Parti Démocrate écoutait vraiment sa base, comme l’implorait récemment sa nouvelle icône Debora Serracchiani, rendez-vous aussi peut-être avec Grillo le 25 octobre aux primaires du PD?

Si le PD n’accepte pas Grillo il est MORT. Parce qu’il aura refusé le combat et les débats, l’ouverture, et pas seulement: à la différence du Parti Démocrate italien, Beppe Grillo est un citoyen vigilant, et a un programme aisément imaginable: il en parle tous les jours sur son blog: Écologie, nucléaire, croissance et développement, justice….

La base. Entre meeting  »5 étoiles » et spectacles, Grillo a aussi surement rencontré, et sans gardes du corps, plus d’électeurs de centre gauche que tous les candidats du Parti Démocrate réunis ne le ferons jamais.

On avait peur depuis des années que Grillo ne descende à son tour ‘’sur le terrain » et que l’acte soit kamikaze:  »Oh non Beppe, toi aussi un pourri politique!? ». Et c’est finalement le Parti Démocrate qui implose à l’annonce et se recouvre de l’écume du choc (s’ils persistaient dans leur refus à accueillir Grillo on pourra au moins les remercier pour cela) et transforment une nouveauté inespérée en un fait-divers: la mort du Parti Démocrate italien.

AeC

[1] Jeu de mots avec PDL (Berlusconi) et PD.
[2] « La cena in Cina… c’erano tutti i socialisti, con la delegazione, mangiavano… A un certo momento Martelli ha fatto una delle figure più terribili… Ha chiamato Craxi e ha detto: « Ma senti un po’, qua ce n’è un miliardo e son tutti socialisti? ». E Craxi ha detto: « Sì, perché? ». « Ma allora se son tutti socialisti, a chi rubano? » »

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