Berlusconi: la Prostitutocratie (Peter Gomez, 19.06.2009)

« Mignottocrazia », 19.06.2009 by Peter Gomez – traduction Aglio e Cipolla

Ce ne sont ni les mineures, ni de plus mûres show girls ou accompagnatrices le vrai problème de Silvio Berlusconi. Le vrai problème de Silvio Berlusconi, c’est le G8. À 3 semaines de la réunion bientôt mise en scène sur le set tragique et surréel de L’Aquila avec les leaders des pays les plus industrialisés au monde, le président du Conseil est toujours plus préoccupé par l’échéance du futur rendez-vous. Aux Abruzzes et à Rome, l’arrivée des diverses délégations gouvernementales sera accompagnée par celle de centaines de journalistes. Une bonne partie d’entre eux sera composée de personnes qui par principe se méfient de qui est au pouvoir, à la différence de beaucoup de leurs collègues italiens, y compris certains des plus importants. Bref, des chroniqueurs de la télévision, du web ou de la presse écrite que l’on ne peut acheter avec quelques cadeaux, quelques fausses nouvelles passées en  »dessous de table », ou encore pire, la garantie d’une carrière enviable sur les écrans Mediaset ou RAI.

On peut aisément penser que les conférences de presse à L’Aquila seront un véritable enfer pour le Cavaliere. Car au moins là, les rencontres avec les journalistes ne pourront être évitées, et leurs questions ne pourront être éludées. Quel sera le principal objet de leurs interrogations est d’ailleurs évident, ainsi qu’il est devenu évident dans tout le monde occidental que le point politique soulevé par ce qu’on appelle désormais  »l’affaire Berlusconi » est le possible chantage auquel pourrait être soumis un président d’un Conseil.

Que ce soit bien clair: qu’une accompagnatrice comme Patrizia D’Addario (et ce qu’elle soit mue par l’appât du gain ou bien la soif de vengeance pour des promesses non tenues) mette en grande difficulté le président du Conseil, à l’étranger cela n’importe à personne. Mais étant donné que les visiteuses de palazzo Grazioli et Villa La Certosa (qu’elles l’aient fait à gratis ou qu’elles aient été payée pour cela) ont été des dizaines et des dizaines, on ne peut exclure que parmi celles-ci il y eut des femmes envoyées par des services secrets considérés ennemis. Et alors vu les relations serrées de Berlusconi avec des personnages retenus équivoques par la communauté internationale, comme Kadhafi ou Poutine, cela devient un problème lié à la sécurité.

Berlusconi survivra-t-il au scandale alors? Peut-être que oui, mais ce serait alors au détriment de la crédibilité du pays. Le président du Conseil possède au Parlement une majorité écrasante, récemment confirmée aux élections européennes. Il contrôle les télévisions, et si les choses tournaient encore plus mal, il pourrait tout-à-fait penser résoudre son problème -en Italie- en faisant tomber le gouvernement -le sien- et en provoquant des élections pour octobre. En cas de victoire, il pourrait clore la partie et dire à l’opposition:  »vous voyez, les Italiens m’ont acquitté, moi je leur plais comme ça ». Le vieux leader du centre-droit pourrait ainsi sauver sa peau en institutionnalisant de fait la prostitutocratie. Un projet fou qui n’a d’égal que la folie manifeste de cet homme. Mais aussi un plan risqué qui pourrait pousser sa propre majorité parlementaire à lui demander, au dernier moment, de se mettre de côté, et pour toujours.

Peter Gomez
Traduction:Aglio E Cipolla

LE DALEMOMÈTRE : caricature de Massimo D'Alema, accusé de formenté le grand complot anti-berlusconi, notamment pour avoir demandé à la gauche de se préparer à gouverner ''au cas où'', 48 heures avant que n'éclate cette nouvelle embarassante affaire

LE DALEMOMÈTRE : '' Grosse secousse en arrivée... Fumier en mouvement... Opposition en état d'alerte... Roque bicaméral... Cheval en E6... Fou en F5... Vengeance au frais... Échec au Roi Papi! ''

Illustration par ‘The Hand’:  »LE DALEMOMÈTRE » : caricature de Massimo D’Alema, un peu accusé de faire parti du grand complot anti-berlusconi. Il est notamment suspecté pour avoir demandé à la gauche de se préparer à gouverner,  »au cas où », et ce 48 heures avant que n’éclate cette nouvelle embarrassante affaire.

Ps. Le titre est une impossible traduction de celui original:  »Mignottocrazia » dérivant de mignotta, c’est-à-dire »pute ». Le terme  »Putocratie » -que j’avais d’abord choisi- étant utilisé en ligne par divers sujets n’ayant rien à voir avec celui-ci j’ai préféré  »inventé » un autre mot en  »…cratie ».

Titre original:  »Mignottocrazia »
Paru le: 19.06.2009 sur le
blog Voglio Scendere
Emplacement:
Peter Gomez @ Voglioscendere.it

Peter Gomez - photo (c) Elisa di Toro

Peter Gomez - photo (c) Elisa di Toro

Peter Gomez est un écrivain et journaliste d’investigation italien, né à New-York en 1963. Il collabore régulièrement avec Marco Travaglio. Ensemble, ils ont écrit des best-sellers du journalisme d’investigation, dont  »Régime » (2004). On peut trouver une partie de ses écrits, dont cet article, sur le site  »Voglio Scendere » (Je veux descendre). Recommandé.

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