FR, Politique, Traductions|18/06/2009 12:29

Patrizia d’Addario: Berlusconi et la Prostituée De la Liberté

Silvio Berlusconi et Patrizia D'Addario, le 31.05.2009, devant l'hotel Palace de Bari (Italie) - selon L'Unità (photo: Luca Turi/ ANSA / COC)

Silvio Berlusconi et Patrizia D

17.06.2009 — Le récit: RENCONTRES ET CANDIDATURE: MA VÉRITÉ – Patrizia D’Addario, candidate aux élections communales »

Envoyée spéciale (Corriere della Sera) : Fiorenza Sarzanini

« BARI —Patrizia D’Addario est candidate sur la liste « les Pouilles avant tout » (La Pu­glia prima di tutto), liste faisant partie du Peuple De la Liberté (PDL) aux dernières élections communales à Bari. Elle a participé à la première semaine de campagne électorale aux cotés du ministre pour les Rapports avec les Régions Raffaele Fitto, ainsi que d’autres politiques se présentant avec les couleurs du PDL. Mais elle a décidé aujourd’hui d’y renoncer parce qu’elle veut raconter une autre vérité. Patrizia D’Addario a contacté le Corriere della Sera. S’agissant d’une candidate aux élections administratives, nous enregistrons son témoignage avec la plus grande prudence, et en nous réservant un possible droit d’inventaire sur sa version des faits.

« Ils m’ont mise sur une liste, affirme-t-elle, parce que j’ai participé à 2 fêtes à palazzo Grazzioli (résidence personnelle de Silvio Berlusconi, ndlr). J’ai les preuves de ce que je dis et je veux raconter ce qui s’est passé avant que je décide de me retirer (de la campagne électorale, ndlr). Mon nom est encore écrit là, mais je n’y suis plus. »

Commençons par le début: quand seriez vous allée à palazzo Grazioli?
« La première fois à mi-octobre de l’année dernière (2008, ndlr) ».

Qui vous y avait invitée?
« L’un de mes amis de Bari m’avait dit qu’il voulait me faire parler avec l’une de ses connaissances, à un dîner qui aurait eu lieu à Rome. Je lui ai expliqué que pour que je me déplace ils auraient du me payer, et nous nous sommes mis d’accord sur la somme de 2000 euros. Puis il m’a présenté un certain Giampaolo ».

Qu’elle était la proposition?
« Je devais prendre un avion pour Rome et là m’aurait attendu un chauffeur. Ils me dirent de suite qu’il s’agissait d’une fête organisée par Silvio Berlusconi ».

Vous n’avez jamais pensé qu’il pouvait s’agir d’une blague?
« Mon ami (de Bari, ndlr)  est une personne en qui j’ai une confiance aveugle. J’ai compris que tout était vrai quand ils m’ont donné le billet d’avion. »

Donc vous y êtes allée?
« Oui. Je suis arrivée à Rome puis je suis allée dans un hôtel rue Margutta, comme prévu. Un chauffeur est venu me prendre et m’a amenée là où était Giampaolo, à l’hotel de Russie. Avec lui et 2 filles nous sommes entrées à palazzo Grazioli (chez Silvio Berlusconi, ndlr) avec une voiture qui avait des vitres fumées. On m’avait signifié que mon prénom était Alessia. »

Et ensuite?
« On nous a emmenées dans un grand salon et là nous avons rencontré d’autres filles, environ une vingtaine. Comme antipasto il y avait des parts de pizza et du champagne. Peu après est arrivé Silvio Berlusconi »

Vous l’aviez déjà rencontré précédemment?
« Non, jamais. Il a salué toutes les présentes puis s’est mis à parler avec moi. J’ai compris d’avoir fait effet parce qu’il m’a demandé quel était mon travail, et moi je lui ai parlé de suite d’une résidence que je voudrais construire sur un terrain appartenant à ma famille. Il nous a fait voir des vidéos de sa rencontre avec Bush, des photos de ses villas. Il a chanté et raconté des blagues. »

Puis vous êtes retournée de suite à Bari?
« Il faisait nuit, alors je suis allée à l’hôtel et Giampaolo m’a dit qu’il m’aurait donné seulement 1000 euros parce que je n’étais pas restée. »

Il y a quelqu’un qui peut confirmer cette histoire?
« J’en ai les preuves. »

Qu’entendez-vous par là?
« Que ce ne fut pas l’unique rencontre. Je suis retournée à palazzo Grazioli environ 2 semaines plus tard. Exactement c’était le soir de l’élection d’Obama. »

Vous voulez dire que durant la nuit présidentielle américaine vous étiez aux cotés de Berlusconi?
« Oui, et personne ne pourra me démentir. Il y a les billets d’avion. Cette deuxième fois je suis allée également dans un hôtel, le Valadier. Avec moi il y avait 2 autres filles. C’est encore Giampaolo qui avait tout organisé. »

Et que s’est-il passé?

« Il nous a amenées avec le chauffeur à la résidence du président, mais ce soir là il n’y avait pas d’autres invitées. A notre arrivée nous avons trouvé un buffet de desserts et l’habituel pianiste. Quand il m’a vu,  Berlusconi s’est souvenu de suite du projet de construction que je voulais réaliser. Puis il m’a demandé de rester. »

Vous vous rendez bien compte que vous soutenez avoir passé une nuit à palazzo Grazzioli?
« J’ai les enregistrements des 2 rencontres. »

Et comment faites vous à démontrer qu’ils sont authentiques?
« On entend sa voix, et puis il y avait beaucoup de témoins, des personnes qui ne pourront nier m’avoir vue. »

Pardon mais… vous avez l’habitude d’aller à vos rendez-vous avec un enregistreur?
« Dans le passé j’ai eu des problèmes sérieux avec un homme, et depuis quand je me rends à des rendez-vous importants je l’emmène toujours avec moi. »

Et vous voudriez nous faire croire que vous n’avez pas été contrôlée avant d’entrer dans l’habitation romaine du président du Conseil?
« C’est ainsi. Peut-être ai-je été habile, mais je peux vous assurer que c’est ainsi. »

Et vous pouvez le prouver?
« Berlusconi m’a appelée le soir même, à peine suis-je arrivée à Bari. Et quelques jours après Giampaolo m’a invitée à y retourner. Mais j’ai refusé. »

Votre version nous semble peu crédible…
« Ce sont les faits qui parlent. Berlusconi m’avait promis qu’il m’aurait envoyé deux personnes de confiance à Bari pour débloquer mon dossier. il n’a pas maintenu ce pacte et à partir de ce moment là je n’ai plus voulu aller à Rome, malgré les invitations répétées transmises par Giampaolo. Ils savaient que j’avais les preuves d’avoir fait les 2 voyages précédents. »

Mais vous ne vous rendez pas compte que c’est du chantage?
« Vous le pensez? Moi je peux dire que, quelques jours après, Giampaolo a voulu mon curriculum, parce qu’à ses dires ils voulaient me présenter candidate aux élections européennes. »

Mais vous n’avez pas été sur cette liste?
« Quand ont commencé les polémiques sur les show girl, le secrétaire de Giampaolo m’a appelée pour me dire que ce n’était plus possible. »

Alors la candidature aux élections communales a été une marche en arrière?
« Fin mars Tato Greco m’a cherchée. Il est le neveu de Matarrese, que je connais depuis longtemps. Il a demandé à me rencontrer et m’a proposé d’être sur la liste  »Les Pouilles avant tout » [1] dont était chef de liste son oncle. J’ai accepté de suite, mais quelques jours jours après j’ai compris que j’avais peut-être commis une erreur. »

Pourquoi?
« Ma maison a été complètement mise à sac. Ils m’ont pris les CD, l’ordinateur, vêtements et sous-vêtements. Un vol très étrange. »

Mais vraiment? Et vous avez porté plainte?
« Bien sur. Mais j’ai continué la campagne électorale. Tout s’est bien passé jusqu’au jour où Berlusconi est arrivé à Bari pour la présentation des candidats du PDL. Je l’attendais à l’entrée de l’hôtel Palace. Il m’a regardée, m’a serré la main et est entré dans la salle bondée. J’étais sur la liste alors je l’ai suivi. Mais à l’entrée de la salle j’ai été bloquée par les hommes de la sécurité et du parti qui m’ont empêché de participer à la manifestation. »

Et c’est le motif qui la pousse à raconter cette histoire?

« Non, j’aurais pu continuer à faire la campagne électorale et traiter avec eux dans l’ombre. Je le raconte parce que j’ai compris qu’ils m’ont trompée. J’avais seulement demander de l’aide pour un projet auquel je tiens beaucoup et eux m’ont utilisée. »

Traduction française: Aglio E Cipolla
Article original:
«Incontri e candidatura – Ecco la mia verità», Patrizia D’Addario in lista alle Comunali – Auteur: Fiorenza SarzaniniIl Corriere della Sera, 17.06.2009

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