Être show girl de Berlusconi: ça eut payé

 »E’ pericoloso sporgersi »

Elisa Alloro s’est présentée aux élections municipales (6-7 juin 2009) de Reggio Nell’Emilia sous les couleurs berlusconiennes du Peuple de la Liberté (PDL).

Elisa Alloro (web DR)

Elisa Alloro (web DR)

Show girl, 32 ans: elle faisait partie de la fameuse liste - »qui n’existe pas »- des  »vamps » -ou pin-up, show girl- de Silvio, et se vantait récemment de nous expliquer comment et par qui fut inventé le terme  »Papi ». Pas par Noemi bien sûr, affreux communistes que vous êtes d’y avoir pensé. Bref, elle voulu faire la maligne et a écrit un livre, un  »instant-book » intitulé  »Nous, les filles de Silvio » [1]. Enfin, elle a aligné des mots - »d’un seul jet sans (se) relire »- pour en parler. Ce  »livre » paru en pleine campagne électorale lui a assuré une visibilité somme toute importante à niveau national, y compris à la télévision. Berlusconi est  »une mine de sagesse »,  »chaque minute passée avec lui est un don divin » dit-elle. Blabla.

Comme la majeure partie des  »femmes du Cavaliere » elle a commencé en étant son employée, en travaillant chez Mediaset, et a fini par être aussi son invitée, et faire des petits voyages en Sardaigne à Villa Certosa. Chez Papi.  »Noemi n’était pas sa préférée » dit-elle en substance. Elle dit donner des conseils sur le look à la Mara Carfagna, la pin-up du Ministère de l’Egalité des Chances, ou à la grande rousse Brambilla, récente ministre du Tourisme, qui aime faire le salut fasciste.

Marco Pannella, leader hsitorique du parti Radical Italien, lors d'une précédente grève de la faim en 2002 (AP Photo/Gregorio Borgia)

Marco Pannella, leader historique du parti Radical Italien, lors d'une précédente grève de la faim en 2002 (AP Photo/Gregorio Borgia)

Et pendant ce temps là… Le Parti Radical italien, entre autres, a du lutter pour survivre durant la campagne afin d’obtenir un résultat à peu près décent qui ne soit pas synonyme d’avis de faire part de décès pour la formation politique. Ce parti a été chassé, annulé, ignoré par les médias de la télévision italienne: Mediaset et Rai sont dans les mains de la clique Berlusconienne. Ainsi son leader historique et député européen Marco Pannella (né en 1930) a fait une nouvelle grève de la faim et de la soif -on a sérieusement craint pour sa vie- pour protester contre ce déni de démocratie, cette censure de régime, qui n’a d’ailleurs certainement pas porté préjudice ni au Parti Démocratique ni à l’Italie des Valeurs, ceci dit en passant [2]. Emma Bonino, vice-présidente du Sénat italien, l’autre grand nom des radicaux, avait elle choisi -mais en avait-elle l’alternative?- d’occuper (sous forme non-violente) les locaux de la RAI et ce en faisant une grève de la soif, suivie par 70 autres membres radicaux. Vous avez raison c’est injuste a-t-on fini par leur dire avec grande hypocrisie, sachant que le mal était fait et à peu près irréparable. Ils ont survécu quand même, obtenant un miraculeux 3%.

Elisa Alloro -candidate au conseil municipal- se présentait, elle, fraîche comme une rose et avec un joli site web technoïsant sur la liste PDL à Reggio Emilia, ville théâtre de toutes les convoitises. Tous les pontes sont venus faire un tour de podium à la Reggio du nord: le fief  »rouge », berceau du parmesan et des brigades rouges, bat de l’aile. Finalement tout est rentré dans l’ordre (connu), et ça ne s’est pas très bien passé pour le PDL, seulement 3ème juste sous les 15% (13.462 votes), dépassé par la Ligue du Nord (16.612 votes) qui approche les 20%, et le maire Del Rio du Parti Démocratique élu à 52% (47.760 votes) au 1er tour, ce qui est néanmoins très faible pour una città où le candidat de gauche a toujours allègrement franchi les 60% au 1er tour, comme lui-même il y a 5 ans. Mais revenons à Miss Papi le temps d’un instant.

Elisa Alloro a obtenu 15 voix. 15 voti.

On souhaite à Elisa de remporter le futur grand prix de beauté  »Miss Padanie » catégorie T-Shirt mouillé » tout en espérant ne plus la rencontrer ailleurs, ce qui devrait épargner à grand nombre la fatigue de la rencontrer tout court.

Ciao-arriverderci-bon voyage.

AeC

[1]  »Noi, le ragazze di Silvio »
[2] Mise à jour 16.06.2009: j’entends dire ici que le préjudice porté aux radicaux a peut être travaillé aussi contre la  »dispersion des voix » -vers des petits partis- sur l’aile gauche de la politique italienne. Il a été aussi avéré (un exemple en est la condamnation de Rete 4 à une amende de 180.000 euros pour surexposition du PDL et donc non-respect des équilibres) que tous les partis opposés au PDL -y compris donc PD et IDV- auraient été victimes de sous-représentation sur les télévisions italiennes, en comparaison au temps d’antenne réservé aux partis  »berlusconiens » (PDL et affiliés).

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