FR, Politique|09/06/2009 12:44

Silvio Berlusconi: le grand perdant des élections européennes en Italie

Les résultats des élections européennes italiennes ont recadré les ambitions berlusconiennes. Son parti gagne mais le Cavaliere perd tous ses paris personnels.  C’est la bête xénophobe de la ligue du Nord qui voit sa politique  »légitimisée » par le vote de rejet. Affaiblie par les affaires et le rendez-vous manqué, l’Italie du Cavaliere est désormais plus que jamais sujette au chantage populiste, fasciste, et xénophobe d’alliés indispensables pour le maintenir au pouvoir. Et bénéficier de son impunité.

Umberto Bossi et Silvio Berlusconi (Il Corriere della Sera)

Umberto Bossi et Silvio Berlusconi (Il Corriere della Sera)

Le Peuple de la Liberté (PDL) à réalisé un score de 35,3% aux élections européennes. Avec 26,1%, la gauche du Parti  Démocratique, miracle ou presque avec un programme politique à peu près limité  »Noemi+Letizia », n’est pas morte. Les  micros partis comme la liste Pannella/Bonino pourtant pénalisés par leur éjection des médias pendant la campagne, au  mépris évident et réfléchi des règles de la concurrence par les troupes de Berlusconi sur Mediaset comme la RAI, ont survécu  aussi -un exploit- même si aucun d’eux n’ira à Strasbourg.

Mais ce sont l’Italie des Valeurs de l’ancien magistrat de  »Mani  pulite » Antonio Di Pietro -8% environ, doublé du précédent  score- et surtout la Ligue du Nord d’Umberto Bossi -avec 10,2% au niveau national et 3 ministres au gouvernement-, qui  sont les vainqueurs de ce  »contrôle technique » des forces en jeux. On peut craindre que l’influence xénophobe du parti  populiste se fasse sentir encore plus pesante sur l’action gouvernementale, tant on nous en assure le contraire à la sortie des  urnes, accompagné de grandes déclarations d’intention de rapprochement du PDL avec l’UDC, centre droit catholique, de  Casini, pas du tout en odeur de sainteté berlusconienne pourtant ces derniers mois.

1 électeur sur 4 a voté pour Silvio Berlusconi, qui annonçait depuis des semaines un taux de confiance délirant envers sa  personnee: jusqu’à 77% (interview France 2), c’est à dire ou 3 Italiens sur 4. Il avait transformé ces élections en vote de  plébiscite envers sa personne, stratégie accrue après l’affaire Lario/Noemi, mais il n’a pas passé, loin de là, la barre des 40%  et le PDL ne sera pas le  premier parti du PPE auquel il rêvait de pouvoir imposer la présidence à  »un Italien ».

Lui échappent ainsi non seulement un score personnel et de parti à la hauteur de ses ambitions écrasantes mais aussi une  nouvelle vitrine internationale qu’il espérait pouvoir utiliser afin de redorer son blason, tristement terni par les affaires. Lui reste le rendez-vous avec Obama, le 15 juin, que la maison Blanche a finalement froidement confirmé après des annonces berlusconiennes longtemps à sens unique. BERLUSCONI Silvio, l’ami de george W. Bush, y semble attendu de pied ferme. Possible effet boomerang en arrivée.

Selon Berlusconi, la faute de cet échec incombe à Veronica (sa femme) mais aussi au joueur Kakà (dont on annonce ce  matin le transfert de son Milan AC vers le Real Madrid, transfert effectué avant les élections mais dont l’annonce avait été  reportée par crainte d’effets collatéraux négatifs sur le vote berlusconien), et à la Sicile. Qui sait pourquoi les amis siciliens  l’ont laché, ou lui mettent la pression. On le saura dans quelques années.

On se presse à le déclarer grand vainqueur quand même, évidemment, et 35% ce n’est pas rien, bien que somme faiblarde d’une  nouvelle coalition composée de deux grands partis, après finalement ce qui n’a été que l’absorption des post-fascistes  d’Alliance Nationale par Forza Italia. 2 mois à peine après la création en grande kermesse de ce PDL, BERLUSCONI Silvio  doit penser  »si j’avais su j’aurais pas venu » un peu quand même.

Si le pouvoir représente l’impunité (Lodo Alfano) pour le Cavaliere -très attendu par de patients magistrats-, alors les Italiens  vont devoir en avaler des belles encore, et des tonnes: Il lui faudra maintenant dire oui bien plus souvent à la Ligue du Nord, partenaire  essentiel pour maintenir une majorité qu’il aurait revé avec son seul PDL en alternant les carottes entre Lega Nord et UDC  pour arrondir quand  besoin.

La Ligue du Nord, on le rappelle avait fait élire puis tomber le premier gouvernement Berlusconi en 1994. Autour de cet échauffourré  Umberto Bossi avait dit alors ce qu’il pensait du Cavaliere:  »un escroc, un mafieux », pour les mots les plus polis. Aujourd’hui et aux lendemain des élections (également communales et provinciales sur des villes importantes) la Ligue du  Nord a annoncé la couleur: elle veut, comme son nom l’indique, tout le Nord de l’Italie où elle a fait d’ailleurs des  scores assez ahurissants, battant parfois le PDL et franchissant allègrement et souvent la barre des 30%, contre des 0,5% ou  absence politique chez les  »culs-terreux » du Sud. Le sud politique du pays pour eux commence à peu près et au plus bas à  Bologne.

Mais c’est aussi le pire score personnel du Cavaliere depuis 1994, lorsque poussé par les affaires il s’était décidé à   »descendre sur le terrain » (politique). Et il n’a pas atteint un autre objectif fixé: dépasser les 3.000.000 de voix sur sa personne,  stoppé par les urnes à 2.700.000. Il a même été battu  »personnellement » -bien que son parti le PDL ait gagné- en nombre de votes par une femme neuve en  politique, du Parti Démocratique: Debora Serracchiani. A Udine, avec 73.910 préférences elle a distancé BERLUSCONI Silvio  de 9000 voix.

Ah, les femmes…

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