
Il Duce : Benito Mussolini
Le journal italien L’Unità fait la Une du 22.05.2009 mettant en perspective 2 phrases. L’une prononcée par Silvio Berlusconi le 21 mai 2009 depuis le sommet de la Confindustria (Medef italien): »Le Parlement est pléthorique, inutile et contreproductif ». L’autre de Mussolini, lorsqu’il devint président du Conseil le 16 novembre 1922 »J’aurais pu traiter cette Chambre comme n’importe lequel de mes campements miliciens » *. Leur point commun? Le Parlement italien. Carlo Lucarelli revient lui sur une déclaration similaire du 3 janvier 1925, toujours par le Duce, dans le cadre de l’affaire de l’assassinat Matteotti. Il propose une réflexion urgente. Traduction en français par AeC.
Il était une fois, en 1925…
»Le 3 janvier 1925 Benito Mussolini se rendait au Parlement, l’air sombre, et prononçait un discours. Giacomo Matteotti, l’un des leaders les plus en vue de l’opposition, avait été tué par une bandes armée fasciste et les enquêtes en cours de la magistrature impliquaient Mussolini lui-même dans ce meurtre. Et lui se rendit au Parlement pour en assumer la responsabilité morale. Attention, la responsabilité morale est une chose importante : pour la »participation morale » à un délit, pour l’avoir inspiré ou suggéré, une personne est passible de la prison au même titre que celle qui a vraiment commis le délit.
Que dit alors Mussolini? Peu de mots. Les voici: « J’assume, moi seul, la responsabilité politique, morale et historique de tout ce qui s’est passé. Si le fascisme a été une association de malfaiteurs, alors je suis le chef de cette association de malfaiteurs ».
Donc Mussolini admet. Puis il dit que toute l’Italie est derrière lui et que si magistrats et opposition veulent continuer sur cette voie tout explosera: il donnera carte blanche aux fascistes et la situation précipitera dans le chaos. Entre stabilité sociale et démocratie, ceux qui représentaient alors l’Italie choisirent la première. On connait le résultat du déroulement des faits à partir de cette décision.
Attention, je ne fais pas une comparaison, je ne veux pas dire que Berlusconi est Mussolini, pour l’amour du ciel. L’Italie est aujourd’hui un autre pays, les deux personnages sont différents et également les forces politiques qu’ils représentent.
Je veux seulement dire que quand quelqu’un commence à affirmer que le Parlement ne sert à rien, que les procès sont seulement des courses d’obstacle enquiquinantes et qu’il ponctue le tout avec des »taisez-vous et laissez moi donc travailler », une démocratie parlementaire devrait avoir de la mémoire, être effrayée, et réagir en conséquence. »»Quella volta nel 1925 »
L’Unità, 22.05.2009 – anno.86 #137, page 64
Je reprends la main ici : il semble opportun, par la même occasion et en ces temps très sombres, de reporter une traduction (AeC) du premier »grand discours » prononcé par le fraîchement élu président du Conseil Benito Mussolini :
Il était une fois, en 1922…
Il était une fois, en 2009…
Silvio Berlusconi n’a jamais dit que le parlement est « pléthorique, inutile et contreproductif ». Il s’en explique au Corriere della Sera en fournissant les (ou ses) notes sténographiques de l’intervention à la Confindustria, afin de prouver ce qu’il dit. Il déclare aussi par la même occasion : »Le président du Conseil n’a à peu près aucun pouvoir, parce que comme vous le savez, la Constitution a été écrite après les 20 ans qu’ont duré l’ère fasciste. Tous les pouvoir ont été donné au Parlement et pas au Gouvernement. Le Parlement est pléthorique: 630 députés alors que 100 suffiraient. Il est clair que pour arriver à transformer cela il faudrait une loi d’initiative populaire, parce qu’on ne peut demander aux chapons et aux dindes d’être prêts avant Noël. Evidemment, le vieux vice stalinien qui tend à toujoues falsifier la réalité des faits s’est encore invité ici. » Il oblige ainsi Le Corriere della Sera a préciser que »l’intervention du président du Conseil Silvio Berlusconi s’est en réalité conclue par ces paroles (destinées au Parlement, nda): »Les assemblées pléthoriques sont absolument inutiles et carrément contreproductives’‘.
AeC
Lire aussi:
[it] Version originale de l’article de Carlo Lucarelli
[it] Dall’aula « sorda e grigia » al Parlamento « inutile e dannoso » (Libertà e Giustizia, 22-05-2009)
Carlo Lucarelli (1960) est italien. Il est écrivain, journaliste, scénariste et animateur de programmes télévisés passionnants et principalement dédiés aux »mystères » de l’histoire d’italienne. Www.carlolucarelli.net







