« Asile en péril » (Le Monde, 15.05.2009) – fr/it

Le Monde

www.lemonde.fr | 15.05.2009

Bonsoir, vous trouverez ci-dessous copie de l’éditorial du Monde (16.05.2009), paru aujourd’hui sur LeMonde.fr (15.05.2009). Potete leggere la sua TRADUZIONE IN ITALIANO sul blog L’Anticomunitarista di Daniele Sensi.

Asile en péril

La nouvelle « amitié » entre la Libye et l’Italie, son ancien colonisateur, a un prix : 500 migrants africains et asiatiques viennent de le payer. Stoppés dans leur traversée de la Méditerranée, ils ont été refoulés par les autorités italiennes vers Tripoli sans que leur situation au regard du droit d’asile ait été examinée. Pour la première fois, la Libye du colonel Kadhafi a accepté de réadmettre sur son territoire des migrants livrés par l’Italie.

Or Tripoli n’est pas signataire de la convention des Nations unies sur les réfugiés et a souvent été mis en cause pour de mauvais traitements infligés à des Subsahariens. Cette première « livraison » de migrants concrétise l’ »accord d’amitié » signé en 2008 par Silvio Berlusconi et Mouammar Kadhafi. En échange d’une collaboration contre l’immigration clandestine, l’Italie s’est engagée à investir 5 milliards de dollars en Libye.

Ce marchandage sur le dos de migrants risquant leur vie pour fuir la misère ou l’oppression n’honore pas l’Italie, qui bafoue ainsi un droit fondamental reconnu internationalement depuis la seconde guerre mondiale : celui de donner asile et d’assurer la protection de tout être humain craignant des persécutions. Mais il fait aussi honte à l’Union européenne, qui est restée quasiment silencieuse.

La pression migratoire qui s’exerce sur l’Italie comme sur l’Espagne, pays géographiquement en première ligne, est considérable. Le nombre d’arrivées sur l’île italienne de Lampedusa a augmenté de 75 % entre 2007 et 2008. Pareil défi suppose une réponse concertée et un partage de la responsabilité d’accueillir, d’intégrer ou éventuellement de reconduire à la frontière les étrangers qui frappent à la porte de l’Union au péril de leur vie.

Le « Pacte européen sur l’immigration et l’asile » – que la France s’est enorgueillie d’avoir fait adopter à l’automne 2008 sous sa présidence – prévoit de « bâtir une Europe de l’asile ». Une promesse restée vaine jusqu’à présent faute de volonté politique, et que la crise économique risque de retarder encore. Dans ce contexte, la tentation est grande de sous-traiter aux pays situés à la périphérie de l’Union – comme la Libye ou le Maroc – la police des migrations en échange d’avantages économiques. C’est une pente dangereuse et déshonorante, sur laquelle l’UE est déjà largement engagée. Elle conduit à fermer les yeux sur les atteintes aux droits des étrangers commis dans ces pays et, au nom de la protection des frontières européennes, à bafouer des principes sur lesquels s’est pourtant construite l’Union européenne elle-même.

Source: LeMonde.fr

a&c

Ps. J’ai fait le choix de copier/coller cet article car il ira vraisemblablement bientôt dans l’archive exclusivement disponible aux abonnés du journal. J’espère, en l’état ne pas enfreindre la loi. Me le signaler si besoin…

Lire aussi sur LeMonde.fr:
* L’Italie se dote d’une politique d’immigration très marquée à droite
* À un mois du scrutin, M. Berlusconi favorise l’aile sécuritaire de sa majorité

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2 Comments

  • Dernier exploit en date apparemment, notre ami Silvio vient de comparer les camps de rétention aux anciens camps de concentration nazis pour justifier le renvoi des migrants en dictature.
    Merci aux Abbruzzes de lui avoir fourni les caméras nécessaires……

  • Oui tout à fait, on est en plein festival: Il s’en est plaint à Barroso, en marchant sur les décombres de L’Aquila *, disant à peu près que c’est à cause de ça, dans le débat sur le récent décret de loi sur la sécurité, que l’on n’a pas adopté la prolongation de la détention, « inhumaine » dans ces lagers… Je l’ai gardé de côté pour un article imminent dont le titre provisoire et certainement définitif sera « L’ITALIE VUE DES CHIOTTES »… Buona giornata, a&c

    *et ce pendant qu’on exproprie les Aquilani pour monter des espèces de villes nouvelles afin de respecter les promesses électorales, ou au moins faire semblant de commencer. Avant l’hiver.