Un homme âgé de 53 ans, vivant à Massa (Toscane) est officiellement le premier cas de grippe porcine en Italie. Mais il va très bien. Il va tellement bien qu’il est « déjà guéri » !
[Mise à jour: 02/05/2009, 18:45]
« Le virus A/H1N1 est aussi arrivé en Italie, mais le patient, âgé de 53 ans, est déjà guéri » [1] (Il Corriere della Sera)
L’homme était rentré du Mexique le 23 avril, il avait été contrôlé “positif”, mais 2 jours après n’avait déjà plus de fièvre.
Vous avez bien lu: Niveau 5 d’alerte mondiale et la pandémie à nos portes (ou un gigantesque complot des entreprises pharmaceutiques), et, on dirait presque “enfin!” car ça devenait inquiétant. 2 mai 2009, 12h09, : UN CAS ITALIEN. Aaaaaah, l’Italie existe encore. On s’était habitué ces dernières années à un peu plus de protagonisme vu d’ici. Car à voir la carte de l’évolution de la maladie ces derniers heures, on commençait à se demander si elle faisait bien encore partie de l’Europe.
L’annonce du miracle ayant été faite vers 12h30, j’avais une sacré hâte d’entendre la conférence de presse du sous-secrétaire à la Santé Fazio annoncée pour 15 heures aujourd’hui. Très sincèrement, vu le niveau de sa première intervention (qu’on peut résumer par « ici tout et sous contrôle! aucun risque! mangez du porc italien!« ) au sujet de l’épidémie mondiale de grippe porcine, j’avoue avoir hésité à préparer à mettre en fond sonore la petite musique de « Benny Hill » -quand ils se courent tous après- pour ne regarder que les images. Mais finalement il a été obligé à parler un peu et donner quelques chiffres, reportés par le Corriere della Sera:
Quand même, enfin, un début d’information, de quelque chose. Quelqu’un y pense à priori, c’est déjà rassurant de le savoir. Depuis le 27 avril et le message très cool délivré alors par Fazio, à peu près rien, pas de consignes, à peine une invitation à peut-être ne pas aller au Mexique en ce moment…
Mais le 27 avril c’était le surlendemain de la fête de la Libération (la future « Fête de la Liberté« ), la veille de l’anniversaire de la mort -ou meurtre- de Mussolini (black-out total dans la presse), mais aussi quelques jours avant les grandes parades du 1er mai… bref, on n’avait pas vraiment le temps d’en parler. Alors que dans le reste du monde on plantait des petits drapeaux nouveaux tous les jours sur les cartes montrant l’évolution de la maladie.
Même hier -mais c’était avant le miracle de 12h09 aujourd’hui, c’est un peu comme avant et après le 11 septembre*, le Cavaliere ne pouvait pas savoir-, notre ami Silvio fêtait son 1er mai tout à lui en expliquant qu’il était au TOP des sondages, 75%!, et qu’Obama (59%) ou Lula (64%) pouvaient bien aller se rhabiller -mais il blaguait, évidemment, comme dit plus tard-, et a annoncé une nouvelle fois sa future rencontre avec Obama.
En passant, je délivre un message personnel: Monsieur Barack, je vous en supplie, invitez le! qu’on en finisse avec cette comédie, pitié! Silvio est tellement gêné. Bronzé, bon oui allez vous l’êtes quand même un peu non* ? on va pas en parler 107 ans, c’était une blague bon sang! Silvio il vous a même préparé un G8 comme à la maison avec des super twin torre (L’Aquila) et un ground zero à l’antique (Onna), exaltant le savoir faire italien, dans une région magnifique, les Abruzzes. Il arrête pas d’y aller pour voir si les nappes ont été bien choisies, que les black blocks y soient pas par hasard déjà arrivés, etc. C’est que ça approche le G8, juste après les européennes!
Hier 1er mai, il primo maggio, pendant que les manifestants, pardon, les travailleurs, pardon, les italiens je voulais dire donc, manifestaient, euh, défilaient, voilà le mot, défiler, pour la fête du travail, la pravda berlusconienne du “Giornale” titrait sur version papier, avec photo d’archive d’une manifestation offrant drapeau rouge avec faucille et marteau en premier plan: “Allez tous à Détroit!“, sur le ton “Allez tous au diable!” (andate tutti al diavolo), allusion aux communistes ou manifestants ou travailleurs ou italiens (bon, moi j’abandonne, c’est vous qui choisissez) et au fantastique deal “Fiat/Chrysler” à peine annoncé. D’ailleurs, Obama devrait ainsi conduire une Fiat avant Silvio, notait aussi une politique ici hier.
Mais bref, dans tout ça on oublie l’épidémie mondiale de grippe porcine alors que hier des millions de personnes se toussaient les unes sur les autres dans les cortèges: bref alors, et a casa, come va?
Ragazzi, ça va super bien: impeccabile. Silvio, après avoir fait une dixième visite à L’Aquila (”sous vos applaudissements…”) a d’ailleurs organisé une espèce de mortadelle-party hier soir, la dégustant et en offrant à tout le monde, faisant même le cameriere: zéro problème avec le “porc italien”. Ca c’est important, un signal fort, comme on dirait en France.
Et puis ça fait toujours plaisir de se baffrer de “mortadelle”, surnom donné par la droite à Romano Prodi. Un politique indélicat s’était déjà illustré lors de la -dernière- chute de Prodi (quand le ministre de la Justice Mastella changea de camp…), offrant mortadelle et champagne à tous les présents, transformant pendant quelques minutes la chambre des députés en une espèce de fête paillarde…
Aujourd’hui, pas de presse papier en Italie. Les journalistes ou imprimeurs n’ont pas travaillé non plus hier. Heureusement il y encore internet. À l’heure où j’écris, on en serait à 617 cas, dont 17 mortels (OMS).
Mais en Italie tout va bien. N’hésitez pas à venir nous rendre visite cet été, au pays des merveilles.
a&c
* c’est évidemment légèrement ironique
Source: Il Corriere della Sera








très drôle, subtil, et vrai, vraiment agréable à lire ¡ bravo !. Je m’etonne toujours de la passivité des Italiens face à ce que Berlusconi a fait d’eux.