On ne remerciera jamais assez Bertrand Delanoë pour ses propos à l’emporte-pièce du 23 avril envers son collègue romain. À l’avant-veille du 25 avril, jour de la fête nationale italienne symbolisant la libération de l’Italie du joug « nazifasciste », il a permis de lever tous les doutes sur son homologue romain: le maire de Rome Gianni Alemanno n’est pas un héritier du fascisme.

Les premiers pas en politique de Gianni Alemanno: secrétaire national du Front de la Jeunesse, division "cadets" du M.S.I., ou l'héritier de la République de Salò
Après l’agitation dûe hier -en Italie- aux propos tenus par Bertrand Delanoë, maire de Paris, envers son collègue romain Gianni Alemanno, on ne comprend pas très bien si un incident diplomatique a été évité, étouffé, ou dissimulé. Retour et détails sur le « clash ».
Jeudi 23 avril 2009, le Théâtre de l’Odéon de Paris a été une étape d’ »Un train pour l’Europe », initiative de l’ »école politique » de formation des jeunes du Parti Démocrate (P.D.) italien: un projet qui passe par Turin, Paris, Berlin, Prague et Venise, du 22 au 26 avril 2009.
C’est donc au théâtre de l’Odéon, où étaient présents également Dario Franceschini -actuel secrétaire du P.D. italien-, Jacques Delors et Michel Rocard, que Bertrand Delanoë a dézingué son collègue romain, et ce en 2 temps.
Dès l’élection de Gianni Alemanno les médias français avaient fait part du « vif déplaisir » qu’elle causait au maire de Paris, dont les rapports avec les prédécesseurs étaient excellents: Francesco Rutelli et Walter Veltroni étaient tous deux de gauche. Ces deux derniers ont d’ailleurs un autre point commun: avoir été défaits par Silvio Berlusconi lors d’élections nationales.
Évoquant donc depuis l’Odéon (vraisemblablement en matinée) l’évolution des relations entre les deux villes -Rome et Paris sont jumelées depuis 1952-, il a constaté, ou balancé, à peu près ceci: « (Nos relations) ne sont plus les mêmes que celles que j’avais avec Rutelli et Veltroni. Et puis ce nouveau maire a fait ses débuts avec les saluts fascistes« , allusion aux saluts romains ayant fêté son arrivée au Capitole, ou Campidoglio.
La phrase est arrivée à Rome à peu près en temps réel, et Alemanno a réagi vivement: « Ces paroles sont fausses, offensives, intolérables. On ne peut, pour satisfaire une propagande de parti, ni inventer des faits inexistants, ni interrompre les relations institutionnelles entre Rome et Paris, villes liées par un jumelage ancien« .
Les ministres Franco Frattini (Affaires étrangères) et Andrea Ronchi (Politiques communautaires) ont protesté au nom du gouvernement italien: « Nous déplorons (ces) déclarations et souhaitons des excuses officielles immédiates. Si celles-ci n’arrivaient pas ce serait perçu comme une très grave offense à la ville de Rome ainsi qu’à l’Italie« . Alemanno aurait ensuite demandé une intervention de l’Ambassade italienne à Paris en ce sens.
Mais Delanoë, à ce stade déjà avancé de la polémique, n’est pas revenu sur ces propos. Au contraire il a passé la deuxième couche, réévoquant les bons rapports du passé entre les deux villes: « (Je ne peux) garantir que (notre) relation perdure en l’état alors que Rome est aujourd’hui animée par des responsables politiques qui font le salut fasciste en entrant au Capitole« . Boum, encore plus gras.
Que ce soit clair: Alemanno n’a pas été pris ou repris faisant le salut fasciste a son élection. Autour de lui par contre, une forêt de saluts romains, et ce même depuis le Campidoglio, oui, oui et re-oui. les images de l’agence Reuters ont fait le tour du monde. À tel point d’ailleurs qu’elles seraient responsables de l’ »état confusionnel » des propos de Delanoë, selon… ses propres collègues de la gauche italienne: « À Paris et en Europe les gens sont restés choqués, et c’est compréhensible, par les photos de certains militants qui fêtaient (l’élection d’Alemanno) avec le salut romain« . Cher Dario, je vous l’accorde.
« Alemanno faisant le salut fasciste en entrant au Capitole », alors? Non. Delanoë est démenti par Dario Franceschini (PD) le jour-même, dès son arrivée à Rome au soir du 23 avril, puis hier par son ami Walter Veltroni lui-même, apparemment dépêché comme médiateur pour limiter la casse de part et d’autres.
Alors qu’une énième version des faits dirait que l’accusation de Delanoë se portait sur des collègues de Gianni Alemanno et non pas sur le maire lui-même, la presse française est restée à peu près muette, comme le quai d’Orsay, qui aurait seulement fait savoir (selon La Repubblica) que « les relations entre la France et l’Italie sont excellentes » et n’avoir reçu aucune communication au sujet d’une demande d’excuses officielles de la part de la diplomatie italienne.
Élu maire de Rome le 28 avril 2008, Gianni Alemanno a commencé sa carrière politique au Front de la Jeunesse, les cadets du MSI, dont il devint secrétaire national en 1988.
Le parti du Mouvement Social Italien (MSI) fut construit sur les cendres de la République de Salò (état fantoche ou dernier avatar du Duce Benito Mussolini) par d’authentiques fascistes comme Giorgio Almirante. Puis Alemmano en suivit la refonte dans le nouveau parti Alleanza Nazionale (Alliance Nationale), qui sous l’égide de Fini transforma ses néofascistes en postfascistes. Aujourd’hui et par la force des choses, le maire de Rome fait parti du nouveau grand pôle rassemblant la droite italienne: le « Peuple de la Liberté » de Silvio Berlusconi. Bref, beaucoup de points communs avec le parcours de Gianfranco Fini, à une différence majeure: il n’a pas vraiment renié le fascisme et ses idéaux.
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Source: Il Corriere della Sera








Depuis que je suis ici, je m’amuse des différences de nouvelles qu’on trouve dans les journaux italiens et français !
Je trouve qu’ils en ont fait un peu trop autour de ce clash… les photos parlent d’elles-mêmes, non? D’ailleurs, je n’ai pas compris pourquoi tu écris « il a permis de lever tous les doutes sur son homologue romain: le maire de Rome Gianni Alemanno n’est pas un héritier du fascisme », j’aurais plutôt dit l’inverse, ne serait-ce que pour ses premiers pas en politique ;) [mais je suis peut-être juste passée à côté de l'ironie]
Et puis, une autre chose à laquelle j’ai pensé depuis. En allant à l’Olimpico, j’ai vu plusieurs fois des tifosi de la Roma chanté en faisant le salut fasciste, alors… ??
Bref, contente de découvrir ton blog ! Tu es sur Rome aussi ?
Marianne
Bonjour Marianne :)
Le 1er paragraphe est tout-à-fait ironique, pour ce 3ème petit article à ce sujet. À en lire la presse ce ‘clash’ semble n’avoir eu lieu qu’en Italie et je m’interroge beaucoup là-dessus. Propos déformés? La presse qui ne fait pas son travail? quoi? je suis très étonné que l’info ne soit pas arrivée sur Le Monde, Libé, Figaro,… même 3 lignes en copier/coller d’une news Reuters (1) ou Ansa (2), le minimum habituellement.
Les photos parlent d elles-mêmes effectivement mais ne concernent qu’une partie des propos. J’ai remis plusieurs couches sur le sujet entre autres parce que j ai l habitude de publier ces articles sur LePost.fr :
http://www.lepost.fr/perso/aglio-e-cipolla/
et là ça a « évidemment » soulevé un tollé chez les « extrêmes anonymes » entre autres. C’est aussi le pourquoi du sous-titre ironique.
Pour le calcio, aaaaah, direi proprio di si. La Lazio l’a bien illustré avec Di Canio (3), « je crois ». Je suis au nord, vers Bologna.
Belles les photos de printemps sur ton blog :)
Bonne journée et à bientôt j’espère,
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1. http://it.reuters.com/article/entertainmentNews/idITMIE53M0I220090423
2. http://www.ansa.it/notiziari/engmediaservice/2009-04-23_123349590.html
(3) http://images.google.com/images?q=Di+Canio+fasciste&oe=utf-8&rls=org.mozilla:fr:official&client=firefox-a&um=1&ie=UTF-8&sa=N&hl=fr&tab=wi
Je ne savais pas pour Di Canio, mais cela dit je ne suis pas très surprise (la Lazio ayant malheureusement cette réputation – cela dit, j’ai été les voir jouer 2 fois et je n’ai rien vu de tel). Cela dit, ce dont je te parlais, c’était par rapport aux tifo de la Roma, eux n’ayant pas cette réputation, j’avais été étonnée !
Quelqu’un m’a dit que Bologne était très belle et qu’il fallait absolument que j’aille y faire un tour. Si j’y vais, je te demanderai des conseils ;)