Le congrès qui a vu naître le nouveau « Peuple de la Liberté » (Popolo della Libertà) s’est clôt à Rome par un discours de 71 minutes de son premier et nouveau président Silvio Berlusconi, élu à l’unanimité « par acclamation ». Antonio Di Pietro dénonce une stratégie permettant le retour au pouvoir de la loge « maçonnique » P2.

29 mars 2009 : Berlusconi a été élu président du PDL (photo: Afp - Andreas Solaro/Corriere della Sera) : "ITALY-POLITICS-PDL-BERLUSCONI"
Il y avait un absent de marque en ce troisième jour de congrès : Gianfranco Fini lui-même, protagoniste du « jour n°2« . Mais rien de grave assure-t-on, c’était prévu. Il aura quand même manqué l’acclamation. Monsieur Fini a notamment insisté sur le besoin de plus de « laïcité » dans la loi bioéthique en discussion, alors que les partis se déchirent sur la valeur du testament biologique quelques semaines après l’affaire Eluana Englaro. Plutôt en phase avec les italiens, qui selon un sondage de la Repubblica auraient peu apprécié les récentes déclarations du pape. Bien que 55% d’entre eux se « fient » de Benoît XVI, 80% souhaiteraient un assouplissement de la loi sur la procréation assistée et le respect du testament biologique (que les dernières volontés du patient l’emportent sur l’avis des médecins). Seulement 20% d’entre eux approuveraient ses récentes déclarations sur l’ « inutilité du préservatif », et, souligne La Repubblica, pas plus de 30% des plus fervents catholiques partagerait son opinion.
Dans un climat actuel très tendu autour de l’immigration, Gianfranco Fini, fraichement libéré du postfascisme, de Mussolini, et lui-même instigateur de la très discutée loi « Bossi-Fini« , a aussi appelé à « ne pas craindre l’étranger« .
Éloge de la folie berlusconienne. Il a également rendu hommage à la « folie lucide » (follia lucida) de Silvio Berlusconi, dont la force à permis la création de ce nouveau PDL. Un « éloge de la folie visionnaire » s’est-on empressé d’expliquer, la sublimant, autour du Cavaliere.
Jour 3: l’apothéose
Aujourd’hui, la fête et Silvio sont de retour. Le Cavaliere n’a commenté aucune des déclarations de Fini, sinon remercié d’être un « visionnaire ». Il a vraisemblablement préféré ignorer les sujets de vives polémiques internes au jour de sa énième intronisation à la tête de son propre parti, acclamé, à l’unanimité.
« La gauche ne s’oppose qu’au pays ». Il est revenu en piqué sur ses adversaires, en dénonçant leur « manque de sérieux » qui « contraint » le gouvernement et le PDL à réformer seuls : « Les réformes devraient être faites ensemble (avec l’opposition), mais les expériences de ces dernières années prouvent qu’il y a beaucoup à douter du sérieux de nos adversaires. S’ils changent de comportement je serai le premier à m’en réjouir et à en rendre acte aux leaders en minorité. En attendant, notre majorité et le PDL ne peuvent se soustraire à leur devoir et doivent accomplir leur travail« .
Il revient aussi sur la réforme, selon lui nécessaire, de la Constitution italienne, désormais une idée fixe: « La Constitution italienne donne au Président du Conseil un pouvoir inexistant, alors qu’ailleurs les présidents en ont un réel. Malheureusement ici il n’est que supposé et ainsi le gouvernement ne peut intervenir rapidement et l’État ne peut fonctionner, alors que le pays a besoin d’être gouverné »
La moralité de l’action
« Nous avons introduit en politique la moralité de l’action. Qu’un élu ne vole pas est bien la moindre des choses. Il faut surtout en prétendre qu’il accomplisse le programme pour lequel il a été élu« . Il est surprenant de l’entendre de la bouche d’un homme qui n’est éloigné des tribunaux que par sa seule immunité.
« Sortir le pays de la crise économique et changer l’Italie en défendant la démocratie et la liberté »
Les vrais sondages. «Au tout dernier sondage nous sommes à 44%, et ça ne suffit pas. La société que nous avons construite survivra à ses fondateurs »
On le croit sur parole. Silvio Berlusconi, dont le nouveau parti a encore gagné 2% en 3 jours -selon lui et ce qu’il définit les « vrais médias »-, arrivant à 44% (contre 39% annoncés par d’autres sondages) a clôt le congrès par une distribution de promesses et une vision très optimiste de la sortie de la crise, un « virus américain » qui est « la toute première mission du gouvernement« .
Mais d’abord la promesse de réaliser le fédéralisme, qui permettrait à terme une « réduction des taxes« , et lui assurerait les 9% de la Ligue du Nord de Bossi. Puis le « Plan Maison »: annoncé pour tous, retiré, puis seulement pour les villas, remodifié en « faisant confiance au sens de l’esthétique des italiens » (au pays des constructions abusives) et finalement devenu incompréhensible, le voilà qui ressort du chapeau : il sera « surtout pour les jeunes« . Pour eux aussi, l’aide à la création d’entreprises sous le forme d’un prestito d’onore (« prêt sur l’honneur »).
Berlusconi invitait aussi il y a quelques jours les chômeurs « à ne pas rester là les mains dans les poches » (ce qu’il ne supporterait pas lui-même a-t-il précisé). On peut rappeler aussi qu’il lui est arrivé d’inciter les travailleurs en difficulté à ne pas hésiter à se trouver un « job » en plus au noir pour arrondir.
Son gouvernement s’occupe ausi de l’administration publique. Il vient d’introduire un système de « notation » (expérimental) des fonctionnaires par leurs clients. »Ce ne sera pas une manière de criminaliser l’employé au guichet » déclarait le ministre Brunetta, bien qu’il admettait aussi que les résultats pourraient influer sur de possibles augmentations de salaire.
Les femmes enfin: « Il y a une trop grande différence à l’embauche et au salaire au préjudice de la femme. En Italie la question féminine est à résoudre« . Cela semble vrai et au plus haut niveau. Les blagues sexistes de Berlusconi ont fait désormais le tour du monde.
Élections européennes. Malgré une invitation à ne pas se présenter (comme le font la plupart de ses collègues européens) aux prochaines élections européennes afin de pouvoir se consacrer pleinement à son pays en crise, il annonce néanmoins sa candidature comme tête de liste. À cette occasion, Silvio Berlusconi invite aussi son adversaire Franceschini, « s’il en a », à se présenter également, et à lui « faire voir un peu si t’as une majorité à toi » (on résume à peine), bien intentionné à mesurer concrètement son nouveau potentiel de voix, et surtout en finir au plus vite avec les négociations internes. L’ambition du PDL est aussi de devenir le plus grand groupe au sein du PPE.
Après le congrès, l’objectif des 51%
À droite, Pier Ferdinando casini (UDC) est l’un des seuls à critiquer Berlusconi. S’inclinant toutefois devant la qualité du spectacle, il le dépeint comme une « Alice au pays des merveilles » ayant déjà passé 7 ans au pouvoir depuis 1994 (« la moitié du temps ») et présentant toujours le même plat aujourd’hui trop réchauffé. Signe qu’il entend négocier âprement ses 7% d’électeurs de « centre droit catholique ». L’annonce par le Cavaliere de « 44% » du PDL déjà allié à la Ligue du Nord (9%) sert aussi à minimiser l’allié-adversaire Casini en vue de discussions imminentes.
1994-2009
Le 26 janvier 1994, le Cavaliere se « lançait sur le terrain politique ». Il l’a aussi rappelé en offrant une fraîche réédition en lettres gothiques, reliée et réalisée pour l’occasion de son manifeste « Pour mon pays« , commémorant ainsi un autre anniversaire: ses 15 ans de campagne politique.
Retour du « plan de renaissance démocratique » de la loge P2?
Antonio Di Pietro, l’ancien magistrat de « Mani Pulite » (Mains propres) et aujourd’hui leader de l’Italie des Valeurs (Italia dei Valori) a réagît vivement aux propos tenus pendant ce congrès par Silvio Berlusconi, usant des termes très pesants, et très inquiétants: « Encore un discours typique du petit Duce qui veut raser au sol la Constitution et devenir le père-patron de sa nouvelle entreprise: L’Italie. Il propose une réforme des règles parlementaires à seul fin d’éliminer définitivement ce qu’il considère un bagage inutile: l’opposition. Il prétend que viennent attribuer plus de pouvoirs au président du Conseil, c’est-à-dire à lui-même, pour avoir les mains libres et pouvoir se débarasser de ce qui est un poids pour lui: la démocratie (…) Après le contrôle de l’information, l’attaque à l’indépendance des magistrats et l’affaiblissement des syndicats, voici qu’arrive le pouvoir absolu, dernière étape de la réalisation du « plan de renaissance démocratique » de la P2, dont il est un membre notoirement connu. »
« Je n’ai jamais fait parti de la P2. Mais de toute façon, à la lecture des verdicts des tribunaux de la République, en avoir été membre n’est pas synonyme de démérite« (Silvio Berlusconi, 2000)
C’est ce que déclarait le Cavaliere en 2000. Il a pourtant bien appartenu à la loge P2, en étant le membre n°1816. Il fut convaincu de parjure pour l’avoir nié (les faits furent ensuite prescrits). Malgré ses dires, une commission parlementaire fut créé ad-hoc pour faire toute la lumière sur les activités de la P2, et une loi spéciale (n°17 du 25 janvier 1982) en décréta la dissolution, l’illégalité et le caractère criminel, ayant établit que celle-ci était « un point de référence en Italie du milieu des services secrets américains, intentionnés à tenir sous contrôle la vie politique italienne jusqu’au point, si nécessaire, d’y promouvoir des réformes constitutionnelles ou d’y organiser un coup d’état. » Gelli l’a lui-même confirmé: « Nous (la P2) étions une sentinelle attentive à ce que n’émerge pas le parti communiste« .
« Avec la P2 nous avions l’Italie en main. Nous tenions l’Armée, la Guardia di Finanza [1], la Police, tous dirigés par nos adhérents à la P2« . (Licio Gelli, Vénérable Maître de la loge P2)
La P2 de Licio Gelli est ou était une loge secrète dissidente de la maçonnerie. Elle était composée de bien trop d’inscrits, ignorant l’appartenance des autres, et non d’un nombre limité d’initiés, pour en faire partie..
Elle est associée à la « stratégie de la tension » des années de plomb et soupçonnée d’être l’obscur protagoniste de mille affaires et complots. Un énorme scandale éclata (provoquant aussi la chute du gouvernement) lorsque fut divulguée en 1981 la liste de ses membres : environ 2000 mais peut-être le double. On y trouva « 44 parlementaires, 3 ministres du gouvernement, un secrétaire de parti, 12 généraux du corps des Carabiniers, 5 généraux de la Guardia della Finanza [1], 22 généraux de l’Armée italienne, 4 généraux de l’aéronautique militaire, 8 amiraux, de nombreux magistrats et hauts-fonctionnaires de l’Etat, des journalistes, des artistes célèbres, des hommes d’affaires (dont Silvio Berlusconi), Vittorio Emanuele di Savoia, (…) ainsi que tous les chefs des services secrets et leurs principaux collaborateurs« .
Licio Gelli, le « Vénérable Maître » est revenu sur le devant de la scène à l’automne 2008 en conduisant le programme télévisé « La vénérable Italie » sur le canal privé « Odeon tv« . Sujet? l’Histoire de l’Italie, de l’époque de la guerre d’Espagne aux années 80. Premiers invités? Giuliano Andreotti et Marcello Dell’Utri. À l’occasion du lancement du programme, il s’exprimait via le Corriere della Sera. Florilège:
« Le vrai pouvoir est dans les mains de ceux qui détiennent les mass média » (Licio Gelli).
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[1] « En Italie, corps militaire chargé de la surveillance des frontières, du contrôle des douanes, de faire respecter les dispositions financières de l’État » (Garzanti)










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