Le Peuple de la Liberté est né. Aujourd’hui créditée d’environ 40% d’intentions de vote, la nouvelle grande formation de droite représente la fusion de « Forza Italia » et du parti postfasciste « Alliance Nationale », ou tout simplement l’absorption de ce dernier par le parti de Silvio Berlusconi, ou encore la naissance officielle de la médiapolitique.

27 mars 2009 : Naissance du PDL à Rome, Italie
Rome. Une scène de 80 mètres de large, à la Fiera de Rome. 6000 personnes, hymne national, hymne à la joie, standing-ovation, le show, le baptême.
Un nouveau grand parti, Le Peuple de la Liberté (P.D.L.) ou l’intégration des postfascistes d’Alliance Nationale (A.N.) à l’intérieur de Forza Italia (F.I.). La date restera certainement dans l’histoire politique italienne, comme le 26 janvier 1994, jour où l’homme d’affaires Silvio Berlusconi décida de « descendre en politique » en créant F.I., pour sauver sa peau tout simplement. Descendre en politique ou au tribunal. Il est aujourd’hui prisonnier de l’immunité que lui offre la première, il faut s’y faire. Les prétendants ou dauphins sont réduits à se faire remarquer en l’attente d’une nouvelle ère post-Berlusconi.
Symphonie libérale. Il a une pensée pour tout le monde ce soir : d’abord pour les malades, les enfants, les personnes âgées,… mais surtout pour « La naissance du peuple de la liberté qui comble un vide de l’histoire politique italienne », lui offrant « une vraie révolution libérale pour une démocratie inachevée ». Puis un hommage au défunt Bettino Craxi, et des mots d’amitié pour Umberto Bossi, Gianfranco Fini, les précieux alliés.
La liberté ou Staline. Silvio Berlusconi dénonce encore ce soir la gauche, en faillite, les rouges, ces incapables, « des millions d’adorateurs de tyrans sanguinaires comme Staline, Mao et Pol Pot », « des personnes qui devraient demander pardon aux italiens », des personnes qui « croient que l’état est supérieur au citoyen ». Dans son pays des communistes et des autres, il dénonce les communistes qui ne renient pas le communisme. Gianfranco Fini, président du sénat et ex-leader d’Alliance Nationale aujourd’hui absorbé par le P.D.L., est le seul a avoir renié publiquement le fascisme, hier et est aussi le seul qui ait osé souhaiter un P.D.L. qui ne soit pas seulement pour-par-de Silvio Berlusconi. Léger couac, mais aujourd’hui on est là pour la fête historique du P.D.L. : « vous pourrez dire, « j’y étais » ! » tonne Silvio.
La majeure partie du plateau et du public ne fêtera pas là le 25 avril, date anniversaire de la libération (1945) de l’Italie par les rouges « partisans ». Une commémoration toujours évitée et minimisée par le Cavaliere et ses proches.
Ironie... Sur la scène, à l’instar de leur ex-leader Fini, les « jeunes » post-fascistes de l’ex-Alliance Nationale semblent les seuls à opposer quelque résistance, refusant de lire leur propre discours approuvé par l’organisation du congrès. Ils décident d’improviser mains libres devant le public : « on n’a pas besoin de lire nos idées ».
Silvio Berlusconi réitère ses attaques à la « rouge » constitution italienne, fait encore référence à sa volonté de diminuer le pouvoir des parlementaires, d’instaurer un lien « direct » entre gouvernement et peuple afin de pouvoir légiférer plus rapidement, « pouvoir travailler » : son mammouth, c’est le parlement italien, ce qui lui a valu ces derniers jours encore les foudres de son précieux allié ou naturel dauphin Gianfranco Fini, qu’il se doit de dorloter, en public. Comme Umberto Bossi de la Lega Nord (Ligue du Nord), qui n’a pas été toujours tendre avec le Cavaliere, et bientôt l’UDC de Casini à qui il vient de réouvrir grande la porte : d’indispensables points pour dépasser à coup sûr la barre des 50%, et pourquoi pas au premier tour.
Vatican. Il cite volontiers Benoît XVI, avec qui s’est instauré « un nouveau climat de croissance civile et morale ». Une entente.
Des chiffres. Il commence à parler très vite, souffle court, du PIL, de dizaines de milliards d’euros, puis simplement de « milliards ». Un terme répandu au quotidien à l’époque de la lire (1 euro=1936 lires). Un petit coup de fatigue après une demi-heure de discours. Il refuse de boire un verre d’eau.
Nucléaire. Il dénonce encore l’ « extrémisme écologique» qui empêche la croissance technologique du pays, comme le programme nucléaire italien, que pourtant les italiens refusèrent par référendum mais qu’il entend bien relancer, notamment par l’achat de centrales françaises.
Juges rouges. Ce soir le Cavaliere fustige encore et encore la « magistrature militante » incarnant « l’extrémisme judiciaire qui a fait alliance avec le Parti Démocratique » (gauche). De l’époque « Mains propres », Indro Montanelli avait eut ce mot : « Berlusconi a eu alors le mérite de définir les parties : avec lui ou avec les juges ». En quelque sorte le Cavaliere lui répondit en 2004 : « le fascisme était moins odieux que cette bureaucratie judiciaire qui a utilisé la violence au nom de la justice ». Et encore aujourd’hui avec la création du PDL absorbant « A.N. »
Silvio Berlusconi, dont on n’a jamais vraiment connu la provenance des fonds qui lui ont permis de se lancer dans les affaires, a été membre de la loge d’influence « P2 » et souvent déclaré coupable de corruption, parjure ou association mafieuse, mais jamais condamné car spécialiste de la prescription des faits. Ses avocats sont aussi députés, inspirent et participent au vote de lois comme le « lodo Alfano », qui lui a assuré l’impunité judiciaire en tant que président du conseil, très utile lors du récent scandale « David Mills » : un avocat d’affaires corrompu avec 600.000 dollars versés par sa société Fininvest afin de bénéficier de faux témoignages. On se bat beaucoup aussi actuellement au sujet de l’usage ou non des écoutes téléphoniques. Silvio Berlusconi en est scandalisé. Au pays des affaires et du combat contre la Mafia, déjà victime du jeu de la « délocalisation judiciaire », c’est pourtant bien utile. L’Union européenne se plaignait encore cette semaine de la terrible lenteur des procédures italiennes.
Etat des lieux. Silvio Berlusconi annonce fièrement que le nouveau parti est crédité de 43,2% d’intentions de vote. Par les « vrais » médias précise-t-il, il s’y connait. Un autre sondage (Demos Coop) paru sur La Repubblica donne 39% au PDL. Disons alors… environ 40%. Énorme. Ce même sondage (publié donc par un journal de gauche) donne 9% à la Lega Nord d’Umberto Bossi et 7% aux rebelles « centristes catholiques » de l’UDC, à qui la main est de nouveau tendue. À gauche, le Parti démocratique peine à 26% et s’il veut rebondir ne serait-ce qu’un peu il devra s’allier avec l’ancien magistrat Antonio Di Pietro (qui fit arrêter… Bettino Craxi) crédité de 8,6% , le double d’il y a un an. En somme, pendant que le parti démocratique s’affaire à maltraiter son nouveau et « trop chrétien » secrétaire Franceschini, pour la droite italienne, avec un potentiel PDL/Lega/UDC de 56%, des élections seraient aujourd’hui une promenade et un deuxième tour éventuel ne saurait être provoqué que par et pour des négociations entre ses représentants.
Le Cavaliere lui ne peut se permettre de quitter un pouvoir avec lequel il s’est offert l‘immunité. Personne n’est en mesure aujourd’hui de le contester, politiquement ou judiciairement. L’argent ? sa dernière déclaration d’impôt est plus modeste qu’à l’habitude et montre des revenus en 2007 de 10 fois inférieurs à ceux de 2006 : de 139 millions d’euros à 14. Selon Forbes, la fortune de « Silvio Berlusconi et famille » s’élèverait aujourd’hui à 6,5 milliards de dollars, contre 9,4 milliards annoncés au classement 2008. « Silvio & co » a néanmoins gagné 20 places, étant aujourd’hui au 70e rang mondial. « Les gens du Peuple de la Liberté « ne sont jamais seuls » disaient-ils ce soir.
La fin du spectacle approche. Les représentants du nouveau parti viennent sur scène et sont rejoints par Marcello Dell’Utri, fondateur de l’ex-Forza Italia de Berlusconi, le grand ami, sénateur, condamné pour association mafieuse « au premier degré ». Un homme né à Palerme et soupçonné d’être l’homme de liaison entre la Mafia et les politiques lui étant « favorables ».
Silvio Berlusconi termine son discours, remercie tous et la Sicile, puis se lance : « Nous sommes là pour réaliser tous les rêves et désir que vous avez dans votre cœur. Vive le peuple de la liberté ! le parti des Italiens ! vive l’italie ! »
En costume sombre dans la Roma de Gianni Alemanno, le radieux président du conseil d’un pays où l’on sait très bien faire la différence entre un poing fermé et un bras tendu décide de clore le one-man-show. S’agitant, il esquisse un très furtif salut romain, bénit la foule. La musique repart. C’est la fête.
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L’aspect utile dans l’excès d’idéalisme, c’est principalement son caractère malléable et ses objectifs toujours revus à la baisse, le tout homologué par le peuple.
La collusion des pouvoirs médiatique et politique en Italie font partie intégrante de l’hygiène de vie du système démocratique. Qui mieux qu’un président de club vendant du rêve à des supporteurs peut comprendre la misère affective de celui ne pouvant pas acheter son billet pour le match ?
Faire le procès de Silvio Berlusconi de l’autre côté des Alpes, qui plus est avec un référentiel français et un léger sentiment de supériorité technocratique, voilà un acte géographiquement courageux, une pensée ethnocentrée qui rappelle les pratiques marketing dans les pays du Moyen-Orient et une certaine nostalgie du business napoléonien.
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http://souklaye.wordpress.com/2009/03/29/16-rimes-mon-chargeur-est-surcharge-quand-je-serai-grand-je-serai-un-rouage-dans-l’appareil-d’etat/