L’ex-leader postfasciste a renié Benito Mussolini.

Gianfranco Fini : Passé & présent (web DR/Enrico Para)
Gianfranco Fini, actuel président de la chambre des députés, est l’ancien président et fondateur d’Alleanza Nazionale (Alliance Nationale). Il fut le dauphin de Giorgio Almirante au sein du Mouvement Social Italien (MSI), parti italien d’extrême-droite néofasciste créé en 1946 sur les cendres de la république sociale italienne (Salò).
Il entrait en politique en 1968, à cause d’une séance des « Bérets verts » avec John Wayne : « Je n’avais pas vraiment d’opinion politique. J’aimais John Wayne, et voilà. Arrivé au cinéma, je me prend des coups, des crachats, des insultes : les extrémistes rouges ne voulaient pas nous faire entrer. Et ainsi pour réagir à cette arrogance je fis un tour au siège de la « Jeunesse Italienne » ». Ainsi commençait sa carrière au Front de la Jeunesse, division des « cadets » du MSI.
Renier l’idéologie, puis l’homme. « J’ai changé d’avis » a-t-il dit à la veille de l’absorption de son parti dans le nouveau « Peuple de la Liberté » de Silvio Berlusconi. Il finit ici un long parcours en reniant clairement le Duce Benito Mussolini qu’il avait défini en 1994 « le plus grand homme d’état du XXe siècle ». C’était quelques mois avant la mue du MSI en « Alleanza nazionale ».
Du souvenir au refus. Il a multiplié les symboles et déclarations ces dernières années, laissant derrière lui le courant « néofasciste », ou « postfasciste » comme il définissait lui-même Alliance Nationale, se heurtant de nombreuses fois à son parti ou à la petite fille du Duce, Alessandra Mussolini. Elle quitta d’ailleurs bruyamment Alliance Nationale, « devenu incompatible avec son nom », lorsque Fini coiffé de la kippa déclara en 2003 lors d’un voyage en Israel que « le fascisme faisait parti du mal absolu », était « un chapitre honteux de l’histoire italienne » et que les hommes de la république de Salò avaient combattu du mauvais côté, reniant ainsi par la même occasion son « mentor » Almirante et devenant pour Israel « le plus grand ami européen de l’État hébreu ». Surprenante métamorphose.
Étonnant. Il commença aussi à poser des questions de fond dans un pays qui partage toutes les frontières du Vatican, condamnant en 2008 l’immobilisme de l’église catholique romaine face aux lois raciales fascistes de 1938. Il déclarait alors : « L’idéologie fasciste n’explique pas à elle seule l’infamie des lois raciales. Il faut se demander pourquoi la société italienne s’est conformée dans son ensemble aux lois contre les Juifs, et pourquoi, à part de rares exceptions, il n’y a eu aucune manifestation particulière de résistance. Même pas, et cela me fait mal de le dire, de la part de l’Eglise catholique. »
Son soutien parfois défini amitié au président de la république française Nicolas Sarkozy n’en sera que moins embarrassant. Et ce dernier ne sera pas le seul concerné. Fini est aujourd’hui le très respecté président de la chambre des députées italiens, et l’une des rares forces d’opposition à Silvio Berlusconi dans le pays, n’hésitant jamais à le reprendre publiquement lors de ses nombreux hors-pistes démocratiques. Mais le Cavaliere le ménage, position et création du PDL obligent :
« Gianfranco? Mais pourquoi devrais-je le craindre? Il fait bien son travail. Vous savez je ne me crois pas immortel… J’espère au contraire voir la naissance d’une jeune et nouvelle classe dirigeante qui pourra me consentir un repos bien mérité. Quand elle sera là j’en serai le premier à m’en féliciter » (Silvio Berlusconi in Corriere della Sera, 25 mars 2009)
Futur. Si Berlusconi est « condamné au pouvoir » par ses affaires, Fini lui s’en trouvait éloigné par son encombrant passé, dont il vient de se libérer. Âgé de 57 ans et aujourd’hui troisième personnage de l’État, il est à parier que Gianfranco Fini sera président du conseil avant 2020. Et il n’est pas dit que l’Italie s’en porterait plus mal. Qu’aujourd’hui, s’entend.
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Sources : Il Corriere della Sera, Wikipedia[it], Wikipedia[fr], Le Figaro, L’Humanité, Le Salon Beige.






